Pratiques anormales : L’OPA-AC veut transformer les ports de Douala et Kribi en hubs performants et compétitifs

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Atelier de présentation des résultats de l'Observatoire des Pratiques anormales

Faire des ports de Douala-Bonabéri et de Kribi de véritables modèles de performance, d’attractivité et de compétitivité au sein de la zone CEMAC. Tel est l’objectif majeur poursuivi à travers la restitution des résultats des études menées par l’Observatoire des Pratiques Anormales sur les principaux corridors d’Afrique Centrale (OPA-AC).

Au cours d’un atelier régional, organisé à Douala par cette institution le jeudi 12 février que les responsables de cette institution ont présenté les conclusions de trois années de recherches approfondies, portant sur la fluidité des corridors, les pratiques anormales et les leviers de gouvernance pour renforcer l’intégration économique régionale à travers les zones portuaires telles que les ports de Douala-Bonaberi et Kribi.

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Lancée en 2021, l’étude de l’OPA-AC, structure régionale basée à l’Institut Sous-régional de Statistique et d’Économie Appliquée (ISSEA), Portée par le Dr Marcel Opoumba, Directeur général de l’ISSEA et chef de projet, aux côtés du Pr NGONTHE, chef de projet adjoint. Cette étude a porté sur trois axes majeurs : Douala–N’Djamena, Douala–Bangui et Yaoundé–Libreville avec une  attention particulière accordée aux deux principales places portuaires camerounaises, à savoir le Port Autonome de Douala et le Port Autonome de Kribi, considérées comme des portes d’entrée stratégiques pour les pays de l’hinterland, notamment le Tchad et la République centrafricaine.

Ces corridors constituent des artères vitales pour les économies de la sous-région. Ils assurent l’acheminement des marchandises vers les pays enclavés, facilitent les exportations et importations, et conditionnent en grande partie la compétitivité des États membres de la CEMAC. Quant aux ports de Douala-Bonabéri et de Kribi, ils représentent les principales interfaces logistiques entre l’Afrique centrale et le commerce international, jouant un rôle déterminant dans la fluidité des échanges et l’attractivité des investissements.

Etude de cas

Selon les conclusions présentées par l’équipe de l’OPA-AC en projection, plusieurs points clés ont été mis en évidence. S’agissant par exemple de la fluidité des corridors, il a été relevé que les formalités douanières et les contrôles routiers représentent encore un obstacle majeur, générant des coûts supplémentaires et des délais importants pour les transporteurs et commissionnaires.

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S’agissant des pratiques anormales proprement dites, l’étude a identifié l’existence de paiements informels et de travaux extra-légaux, souvent liés à des interactions multiples entre commissionnaires, douaniers et forces de maintien de l’ordre.

La Digitalisation et l’amélioration des procédures ont également été évaluées. Il ressort que la dématérialisation des formalités portuaires et douanières apparaît comme un levier essentiel pour réduire les tracasseries et améliorer la fluidité des échanges.

L’OPA-AC recommande de consolider les accords de transit entre le Cameroun, la RCA, le Tchad et le Congo afin d’assurer un passage harmonieux des marchandises sur les corridors régionaux.

L’étude souligne l’importance de mobiliser les acteurs privés, les syndicats de transporteurs et les administrations nationales dans une gouvernance intégrée des corridors et ports , La corruption qui revient

Ces résultats traduisent la volonté de faire des ports de Douala-Bonabéri et de Kribi des hubs logistiques modernes, capables de soutenir l’intégration régionale et de positionner la zone CEMAC comme un espace économique performant et attractif.

Présent à l’atelier, Pierre-Guillaume Boum Bissai, représentant résident de la Commission de la CEMAC, en qualité de Représentant du Président de la Commission CEMAC, il a insisté sur la portée stratégique de l’initiative : « L’OPA n’est pas un simple instrument de recherche. C’est un outil stratégique dont l’ambition finale est de renforcer le commerce et la compétitivité de nos économies. »

Il a rappelé que certaines recommandations ont déjà produit des effets concrets, notamment la création d’une Brigade mixte CEMAC en cours d’opérationnalisation pour fluidifier les échanges, le renforcement des accords bilatéraux de transit et la promotion d’une gouvernance plus efficace des corridors à travers des partenariats public-privé, en collaboration avec l’Union européenne.

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De son côté, Aliou Abdoulahi, Coordonnateur de la Cellule d’Appui au Partenariat Cameroun–Union européenne (CAP), a appelé à dépasser le stade des constats.

Selon lui, l’Observatoire des pratiques anormales, à travers son institution, joue un rôle déterminant d’accompagnement et d’appui stratégique dans la mise en œuvre des projets soutenus par l’Union européenne et dans le suivi des programmes régionaux. Il a rappelé l’importance de l’intégration économique en zone CEMAC, déplorant que, malgré d’immenses richesses, la région demeure l’une des moins intégrées au monde. Évoquant le cadre stratégique Global Gateway, il a souligné que d’importants financements sont mobilisés en faveur des infrastructures africaines et a exhorté les acteurs publics et privés à passer de l’observation à l’action, afin d’améliorer la gouvernance et la compétitivité des corridors sous-régionaux.

Au-delà des constats et des recommandations techniques, les porteurs du projet ont tenu à souligner la dimension partenariale de l’initiative. Selon eux, la réussite de ce projet repose sur une collaboration étroite entre plusieurs entités, notamment la CEMAC, pilote de l’initiative pour favoriser la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace communautaire ; l’Union européenne, partenaire stratégique ayant contribué de manière décisive à travers le Programme d’Appui à la Gouvernance des Institutions Régionales et Nationales (PAGER) ; ainsi que les acteurs du secteur, parmi lesquels les syndicats de transporteurs, les commissionnaires en douane agréés et les administrations nationales.

Cette synergie d’actions traduit la volonté commune de bâtir des corridors plus performants, de renforcer la gouvernance des infrastructures régionales et de consolider l’intégration économique au sein de la zone CEMAC.

Les échanges ont également mis en lumière les difficultés rencontrées par les commissionnaires en douane et les transporteurs. M. Abbo, président du Syndicat national des usagers transporteurs, acconiers et consignataires, a dénoncé l’existence de « travaux extra-légaux » et de paiements informels qui ralentissent les procédures et alourdissent les coûts.

Il a toutefois reconnu des avancées notables, notamment grâce à la Loi de Finances 2024 au Cameroun, et par ricochet des initiatives pareilles de L’OPA qui réservent les déclarations d’importation aux seuls commissionnaires en douane agréés, ainsi que la progression du processus de dématérialisation des procédures. Selon lui « la digitalisation des formalités et des contrôles routiers pourrait réduire considérablement les contacts physiques, limiter les tracasseries et améliorer la fluidité sur les corridors vers le Tchad et la Centrafrique ».

Un nouvel atelier est prévu dans un mois à Yaoundé pour la restitution finale des résultats aux institutions des pays concernés, en présence des ministères camerounais en charge de la Planification (MINEPAT), des Transports (MINTRANSPORT) et de la Recherche scientifique (MINRESI).

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