Le Cameroun s’est attaché les services du groupement EGIS Cameroun/MESNO pour réaliser une étude relative à l’élaboration de la stratégie d’entretien du patrimoine routier. Cette étude, financée par la Banque mondiale, devrait permettre au pays de répondre aux enjeux conjoncturels, et de s’adapter aux contraintes climatiques, financières et sociales.
En effet, avec un réseau routier long de 121 873 kilomètres, le Cameroun reste, dans une grande partie, parcouru par des routes en terre. Celles-ci constituent plus de 91,02% du linéaire total. Si les efforts consentis ces dix dernières années ont permis de relever le linéaire du réseau routier bitumé (il représente seulement 8,98%), des défaillances dans l’entretien de ces infrastructures freinent la progression vers la vision d’un « Cameroun émergent à l’horizon 2035 ». Vision portée par le Président Paul BIYA.
Défaillances dans l’entretien routier
Ces défaillances s’observent à plusieurs niveaux. Au niveau politique, à travers la mise en œuvre d’une Stratégie Nationale de Développement, qui fixe des objectifs à atteindre sans en indiquer les sources de financement; et le Fonds Routier de 2e Génération qui peine à se mettre en place. Au niveau économique, à travers l’insuffisance des financements nécessaires à l’entretien du réseau existant. Au niveau administratif, à travers l’imbroglio qui persiste dans la répartition des compétences entre les collectivités territoriales décentralisées et les départements ministériels. Au niveau naturel, à travers l’incapacité du dispositif actuel d’anticiper au maximum, l’impact des changements climatiques.
Une dernière défaillance peut être ajoutée à cette liste. Celle des retards dans la mise en œuvre du transport multimodal, ce qui maintient sur la route, l’essentiel du transport des marchandises et des personnes. Ce qui contribue à accentuer la pression sur les infrastructures routières, et donc, la dégradation desdites infrastructures.
A lire : Présidentielle 2025 : Paul BIYA promet un programme spécial pour réhabiliter les routes dégradées
Des défaillances qu’Emmanuel Nganou Djoumessi reconnaît volontiers. Ce 14 avril, prenant la parole dans le cadre de la cérémonie de lancement de ladite étude, le Ministre des Travaux Publics (MINTP) n’est pas passé par quatre chemins.
« Plus de 92% du réseau routier est aujourd’hui placé sous la responsabilité des Collectivités Territoriales Décentralisées. Ce qui constitue un enjeu majeur en matière de financement, des capacités techniques et de gouvernance », a-t-il reconnu.
Ajoutant que « c’est donc dans ce contexte que qu’il a fallu repenser une stratégie d’entretien du réseau routier. Les objectifs visés à travers cette étude sont notamment le diagnostic actuel de maintenance et de gestion du patrimoine routier ; l’élaboration d’une stratégie décennale adaptée aux réalités nationales ; et la définition d’une feuille de route précise de mise en œuvre de la stratégie ; les points d’attention issus du jalonnement des prestations d’entretien étant mieux identifiés et partagés ».
Les attentes de cette étude, et de la stratégie qui va en découler sont donc grandes. Les experts et partenaires impliqués doivent tout faire pour éviter la répétition de l’histoire. Dans le seul secteur des infrastructures routières, les stratégies lancées n’ont pas tenu la promesse des fleurs.
L’histoire des stratégies…
Elaborée pour garantir la circulabilité des routes en terre en toute saison, mais aussi pour prolonger la durée de vie des routes en terre, la stratégie nationale d’entretien des routes en terre bat de l’aile. Malgré l’introduction de produits stabilisants, leur usage n’est pas connu par toutes les entreprises.
La deuxième stratégie, la SND30, semble apparemment hors de portée du Ministère des Travaux Publics. Ce 05 février, présidant la Conférence semestrielle des Services centraux et déconcentrés du Ministère des Travaux Publics, Emmanuel Nganou Djoumessi avouait des résultats peu satisfaisants.
Lire aussi : Enquête sur les routes tortueuses de la Stratégie Nationale de Développement (SND30)
« Au 31 décembre 2025, 2 442 km de nouvelles routes ont été livrées ; sur les 3 600 km d’objectifs intermédiaires de la SND30. Soit un stock de 1 158 km de routes bitumées à rattraper (…) L’entretien permanent du réseau reste un objectif à satisfaire », avait-il déclaré.
Concluant que « l’entretien permanent efficace aura connu des limites dues aux effets conjugués d’une capacité financière des entreprises non assumée et des dégradations accélérées, dues aux effets climatiques ».
La troisième stratégie est la Stratégie Intégrée des Infrastructures de Transport Multimodal. Adossée sur le Plan Directeur Intermodal des Infrastructures de Transport (PDITM), la S2ITM, ladite stratégie a été lancée en août 2022.
Lire aussi : Le Cameroun se dote de sa première Stratégie Intégrée des Infrastructures de Transport Multimodal
Objectif : favoriser le maillage du territoire par des infrastructures de transport complémentaires afin, simplement, de ne pas réaliser une infrastructure si une autre peut procurer des avantages similaires ou proches (approche multimodale).
Près de quatre ans plus tard, force est de constater que rien n’a avancé. Le chemin de fer reste cantonné entre le Centre, le Littoral et l’Adamaoua ; le transport maritime n’est toujours pas exploré, et le transport aérien traverse de fortes perturbations.









































