La flambée du prix du carburant d’aviation, provoquée par la crise du détroit d’Ormuz et les tensions au Moyen‑Orient, a durement frappé les compagnies aériennes africaines. Entre surcharges partielles, fermetures de lignes et risques de pénurie sur des hubs stratégiques comme Addis‑Abeba et Nairobi, le secteur a vu sa rentabilité s’effriter. Mais pour Abderrahmane Berthé, secrétaire général de l’African Airlines Association (AFRAA), la résilience des transporteurs africains reste intacte, et cette crise révèle surtout l’urgence de développer des raffineries locales et une plateforme continentale d’approvisionnement en carburant.
Quel a été l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur le trafic aérien en Afrique ?
L’impact a été une baisse du trafic parce que beaucoup de compagnies ont revu leur capacité sur beaucoup de routes en raison de la hausse du carburant qui a été de 150% entre le début de la crise et début avril 2026.
En Afrique, le carburant d’aviation vient pour 70% de la région du détroit d’Ormuz, c’est ça ? Et le prix du baril de carburant d’aviation a augmenté de combien depuis six mois ? C’est-à-dire qu’elles ont dû augmenter le prix de leurs billets d’avion au risque de perdre des clients ?
Oui, exactement. Elles ont dû appliquer ce qu’on appelle les surcharges carburants pour compenser la hausse du prix du carburant. Mais ce n’est que partiel, puisqu’elles ne pouvaient pas mettre toute l’augmentation du carburant sur les prix des billets, ce qui aurait un impact assez négatif sur la demande.
Ont-elles perdu de l’argent ?
Clairement, elles ont perdu de l’argent à raison de cette prise et elles continuent encore de perdre de l’argent.
Et est-ce qu’elles ont dû fermer des liaisons aériennes ?
Oui, certaines compagnies ont dû fermer des lignes aériennes sur du court courrier pour en tout cas limiter le nombre de fréquences sur certaines destinations pour faire face à la crise.
Quand on parle des compagnies, on pense à quoi ? On pense à Royal Air Maroc, à Ethiopian Airlines, à Mauritius ?
Toutes ces compagnies sont membres de l’AFRAA et toutes ont été impactées par la crise du carburant. Il y a l’impact du prix du carburant, mais il y a aussi la disponibilité même du carburant sur certaines escales. Donc, il y a eu des risques de pénurie sur certaines escales comme Addis Ababa ou Nairobi, par exemple.
Et est-ce que certaines grandes compagnies africaines ont été fragilisées par ces derniers mois de crise ?
Oui, elles ont été fragilisées. Je dirais qu’au début, la crise a été entre guillemets positive pour certaines compagnies qui ont des hubs puisqu’il y a eu un transfert de trafic entre l’Afrique, l’Asie ou l’Europe sur les hubs africains comme Addis Ababa et Nairobi.
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Mais ça n’a duré que trois ou quatre semaines. Après, en fait, les compagnies du Golfe ont repris leurs vols. Et les compagnies qui ont un réseau purement africain ont été très impactées dès le début de la crise.
Et est-ce qu’il y a aujourd’hui des grandes compagnies aériennes du continent qui risquent de tomber en faillite ?
Non, je ne pense pas parce que les compagnies africaines ont quand même prouvé leur résilience quand on pense à la crise de la Covid. Donc, je pense que c’est un moment difficile pour elles, mais ça ne va pas aboutir à des fermetures de compagnies aériennes.
Aujourd’hui, l’on annonce la réouverture du détroit d’Ormuz. Etes-vous rassuré ?
Oui, c’est une très, très bonne nouvelle. Et on a vu que depuis l’annonce du cessez-le-fait, le prix du pétrole a déjà baissé de 15%. Ceci dit, je ne pense pas qu’on aurait un retour à la situation d’avant la crise, avant fin 2026.

Donc, on aura une reprise des approvisionnements progressivement, un réajustement des prix progressivement jusqu’à la fin de l’année. Donc, ça veut dire que la crise va continuer plus ou moins à impacter les compagnies aériennes africaines.
Quelle leçon tirez-vous de cette crise du détroit d’Ormuz ? Est-ce que les compagnies africaines n’auraient pas intérêt à constituer des stocks plus importants de carburants d’aviation ?
Cette crise révèle une vulnérabilité énergétique des compagnies aériennes, puisque la majorité du kérosène utilisé est importé hors d’Afrique. Le paradoxe est que beaucoup de pays africains produisent du pétrole.
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Donc, pour l’avenir, nous devons penser à mettre en place des raffineries sur le continent africain pour produire du jet A1 et aussi négocier des prix sur le long terme avec les raffineries sur trois ou cinq ans, par exemple.
Est-ce que les raffineries africaines existantes ont quand même pu approvisionner les compagnies africaines ?
Oui, je pense à Dangote, au Nigeria, qui a pu approvisionner certaines compagnies aériennes. Et pour le futur, il y a des projets de création de raffineries en Afrique de l’Est par le groupe Dangote. Et au niveau de l’AFRAA, nous avons engagé des discussions avec les institutions financières pour mettre en place une plateforme continentale pour l’approvisionnement en carburant du continent face à une nouvelle crise éventuelle.
Interview accordée à RFI, retranscrite par la rédaction





































