El Hadj Oumarou (BGFT) : « La profession de transporteur au Cameroun est en danger »

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El Hadj Oumarou, Coordonnateur du Bureau de Gestion du Fret Terrestre

Réunis à Yaoundé, les transporteurs routiers du Cameroun dénoncent les décrets qui fragilisent leur profession. Entre tracasseries administratives, concurrence du transport pour compte propre et ingérence du CNCC, la plateforme syndicale alerte sur l’avenir du fret terrestre et appelle le gouvernement à une concertation urgente. El Hadj Oumarou, Coordonnateur général du Bureau de Gestion du Fret Terrestre (BGFT), a récemment accordé une interview à la CRTV. Voici l’intégralité de cet entretien.

La plateforme syndicale des transporteurs routiers s’est réunie le 16 juin à Yaoundé. Quels étaient les principaux enjeux inscrits à l’ordre du jour de cette rencontre qui fait grand bruit ?

Je devais d’abord préciser, afin que nul n’en ignore, que la plateforme est cette grande fierté qui fédère véritablement l’ensemble des préoccupations des transporteurs routiers du Cameroun, que ce soit du côté de ceux qu’on appelle généralement le patronat et de ceux qu’on appelle les employés qui font face au quotidien aux difficultés inhérentes à la profession des transporteurs routiers du Cameroun.

Donc cette plateforme est en train de subir les pressions de la base sur un certain nombre de sujets, des questions existentielles connues et c’est sur cette base que le Président National a été obligé de répondre aux préoccupations de cette base-là. C’est la raison essentielle qui nous a poussés à être présents aujourd’hui à Yaoundé parce qu’habituellement les réunions se font à Douala et c’est la première fois que cette réunion se tient ici à Yaoundé au siège même du syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun, le SNTC. Syndicat qui, comme vous le savez, est l’un des plus grands et le plus vieux syndicat parce qu’il existe depuis 1968, si mes souvenirs sont exacts.

Votre organisation exprime des réserves à l’égard de certains textes réglementaires, notamment le décret du Premier ministre de 2022 relatif aux conditions d’accès aux professions de transporteur routier et d’auxiliaire de transport ainsi que le décret présidentiel de juillet 2025. Quels sont concrètement les points de divergence soulevés ?

En ce qui concerne le premier décret du Premier ministre, le décret de 2022, il faut bien préciser que ce décret permet à ceux-là que nous considérons comme ceux qui nous apportent des frais de la marchandise, c’est-à-dire les marqueteurs, les commissionnaires agréés, tout ce qui est bailleur de fret, ce décret là leur demande à eux-mêmes d’être en même temps des opérateurs de transport, c’est-à-dire des transporteurs.

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En clair, ceux-là peuvent en même temps être barrières de frais et être transporteurs. Et dans ce cas, justement, la question que nous nous posons, c’est à quoi sert la profession du transporteur routier au Cameroun ? La loi elle-même qui fixe les conditions d’accès à la profession ne devrait plus être là ? Si un décret vient dire que le bailleur de fret est lui-même transporteur, qu’est-ce qu’on fait du transporteur ? Imaginez un tant soit peu qu’on vous dise qu’au Cameroun, il n’y a plus de transporteur parce que le bailleur de fret est lui-même transporteur.

Voilà pourquoi nous avons très respectueusement appelé la très haute attention de son Excellence, Monsieur le Président de la République. Pour lui, Excellence, voici les préoccupations de l’ensemble de la profession du transporteur routier des marchandises au Cameroun.

Monsieur le Coordinateur Général, les préoccupations que vous portez depuis plusieurs années aujourd’hui auprès des pouvoirs publics, auprès des autorités, sont-elles véritablement prises en compte ? Est-ce que c’est depuis plusieurs années que vous êtes sur ce chantier ?

Non, sur ce dossier précis, je dois véritablement vous dire que son Excellence, Monsieur le Président de la République, a répondu très positivement à notre préoccupation. Parce que nous avons demandé qu’on reporte ce décret ou que ce décret soit suspendu. De manière claire, c’est tout ce que nous avons demandé à son Excellence, Monsieur le Président de la République.

Par sa magnanimité, il a bien voulu renvoyer le dossier au niveau de la présidence pour demander une relecture de ce décret. Ce qui a été fait. Maintenant, de la primature, on nous a renvoyé au niveau du ministère des Transports, qui, il faut le rappeler, devrait normalement nous appeler comme toujours. Sur cette base-là, il y a d’abord la consultation, ensuite il y a la concertation, et en troisième lieu vient l’applicabilité. Enfin, la prise de décision, et celle-là peut être prise en son âme et conscience.

Donc, voilà les quatre étapes. Malheureusement, cette démarche n’a pas été respectée, et c’est ce que nous décrions auprès de notre ministre en charge des Transports aujourd’hui. Parce qu’en tant que Républicain, en tant que syndicat national qui participe au développement et non qui fait des revendications intempestives et sans fondement, nous nous sommes abstenus d’en parler à cœur ouvert, notamment au niveau des médias.

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Mais maintenant que le problème est connu, nous sommes tenus de le dire clairement, que jusqu’à présent, il y a encore des problèmes sur ce décret-là. Et nous constatons, pour le regretter, que cette profession qu’on appelle le transport pour compte propre est en train d’aller au-delà de l’inimaginable. Parce qu’aujourd’hui, ce transport pour compte propre représente environ 47% du transport en général. Qu’est-ce que nous faisons si donc, nous nous sommes déjà, comme le disaient certaines personnes dans la salle au cours de la réunion, presque tous morts ?

Alors, vous écoutez, monsieur le coordonnateur général, le métier de transporteur routier, aujourd’hui, demeure économiquement peu viable et peu attractif…

Il n’existe même pas, presque, puisqu’on est en train de lui dire qu’il est en train de mourir. Donc, d’ici peu, c’est fini. On ne parlera plus du métier de transporteur routier des marchandises au Cameroun. Les transporteurs dénoncent notamment les tracasseries administratives et l’exercice de certaines activités de transport par des industriels.

Parmi ces préoccupations, lesquelles vous paraissent, aujourd’hui, les plus urgentes à traiter ?

Tout à l’heure, vous avez parlé de deux décrets, je vous le rappelle. Vous avez évoqué, comment, le décret 2025/314 du 16 juillet 2025, qui, lui, porte sur la transformation du Conseil national des chargeurs du Cameroun en société à capital public. Là encore, nous constatons les mêmes choses. Ça nous pose un problème. Si nous en parlons ici, c’est un sérieux problème. Et c’est parce que ça peut peut-être tempérer les ardeurs des transporteurs avec qui nous avons fait une réunion au cours de la semaine, pour qu’ils comprennent qu’effectivement, nous ne sommes pas en train de vouloir masquer un certain nombre de choses.

Parce que c’est ce qu’ils se disent partout. Il y en a qui accusent les transporteurs de déstabilisation et de beaucoup d’autres choses. Et qui disent même que nous-mêmes, là, qui sommes au-devant de la scène, nous sommes en train de les supporter. Donc, c’est pour cette raison que nous avons dit « non » !.

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Entendons-nous. Nous ne sommes pas là pour essayer de ne pas dire ce qu’il faut dire, car il faut le dire. C’est aussi ça, un pays démocratique. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles le patron, lui-même, a décidé d’accepter que les syndicats exercent leurs fonctions, normalement, au Cameroun, mais en respectant la loi. Et c’est justement dans le cadre de ce respect de la loi que nous disons que ce même décret dont nous faisions allusion tantôt a précisé dans l’une de ses dispositions, notamment l’article 20, que le Conseil national des chargeurs du Cameroun devrait fonctionner en l’état.

Je connais également une structure qui a presque la même structuration. Ou le chef de l’État, dans ses dispositions, a bien précisé que cette structure doit fonctionner en l’état, en attendant la mise en place de tous ces organes. Cette structure existe bel et bien. Et pour ne pas la citer, il s’agit du fonds routier.

Alors, pourquoi les autres ne sont pas pressés comme le ministère en charge des Transports ? Quel est le problème que pose concrètement l’application de ce décret que vous évoquez ?

Le problème, c’est que le CNCC veut s’immiscer dans la gestion interne des affaires des transporteurs. Nous voyons le CNCC comme le conseil des chargeurs. Le CNCC ne devrait donc pas s’immiscer dans cette gestion-là. Au-delà de la gestion, il y a également le problème de l’argent des transporteurs qui doit aller financer les activités du CNCC. C’est l’un des problèmes. Et en plus de cela, il y a le problème d’argent qui vient s’y ajouter, comme si ça ne suffisait pas. Il y a cette mission-là et il y a cette gestion. Voilà deux choses que nous donnons sur ce décret. Le chef d’État l’a dit à l’article 20 de ce décret-là, qu’il doit attendre.

Vous avez sollicité, Monsieur le Coordinateur Général, un délai d’un mois pour permettre au gouvernement d’apporter des réponses aux revendications formulées.

La base a demandé au président national du syndicat d’assumer sa part de responsabilité. La base a décrié que c’est les transporteurs et ce sont les syndicats qui font partie de la plateforme des opérations socioprofessionnelles qui demandent au président du syndicat le syndicat. Je dois préciser que le délai d’un mois est adressé au président du syndicat et non à l’État. C’est à lui que nous disons, Monsieur, vous qui passez tout le temps à nous dire non, il faut négocier, non, arrêtez, non, ne faites pas ci, oh non, ne faites pas ça. Donc, voilà ce que nous vous disons.

Votre mot de la fin ?

Le syndicat national des transports routiers du Cameroun était un vieux syndicat. Et c’est le syndicat le plus représentatif en matière de transport routier des marchandises au Cameroun. C’est connu de tous. Et ce syndicat a toujours été du côté du gouvernement. Parce que c’est un syndicat de développement. C’est-à-dire qu’il accompagne le gouvernement dans le développement.

Tout ce que nous faisons, nous ne pouvons pas déroger ou déraper sur la loi. Nous sommes là pour accompagner le gouvernement, à notre manière, comme le font les autres activités parallèles. Donc, nous pensons en notre âme et conscience que nous sommes en train d’aider l’État à bien fonctionner et surtout à recouvrir ses recettes.

Parce que dans tout ce que nous avons dit, quand on parle du transport pour compte propre, nous avons démontré à l’État que voici les moyens par lesquels nous pouvons passer pour que l’activité de transporteur soit fiscalisée dans son entièreté et produise de la richesse afin que cette richesse serve à l’État du Cameroun pour, par exemple, entretenir nos routes.

Et comme cela, nous allons davantage circuler librement. Et de manière professionnelle, nous allons faire de l’argent pour en faire plus de recettes. Donc, pour nous, le mot de la fin, c’est le souhait que le gouvernement puisse prendre ses responsabilités dans la mesure du possible et de nous faire asseoir pour faire comme on l’a fait avec le premier décret.

Le décret du Premier Ministre, c’était de vendre le service du PME. Nous avons démontré que voilà la situation. Et on a posé des questions au ministère. Sur quelle base vous avez pris cela ? Jusqu’à aujourd’hui, je ne peux pas vous le dire clairement. Le ministère n’a jamais apporté une réponse. Et c’est pour cette raison que nous pensons que, dans le cadre de ce décret aussi, malheureusement, nous avons constaté que le ministre des Transports a créé un comité ad hoc pour qu’on essaie de voir comment on peut faire.

Donc, notre souhait, c’est que le gouvernement, cette fois-ci, instruise, dans la mesure du possible, notre ministère à nous prendre en charge et à faire revivre la profession pour que nous sortions de la léthargie actuelle qui risque de nous amener au cimetière.

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