Pour son premier contact avec le public, Yves Roger MELINGUI s’est présenté sans filtre. Directeur Général de Kribi Port Industrial Zone (KPIZ) depuis le 26 février dernier, il a pris part à une conférence sur le thème : « La Zone Industrielle Intégrée du Port de Kribi : accélérateur de croissance pour l’économie nationale et sous-régionale ».
Le panel était composé notamment de Patrice MELOM, PCA de KPIZ (par ailleurs Directeur Général du Port Autonome de Kribi-PAK) et de Léandre BASSOLE, Directeur Général de la Banque Africaine de Développement (BAD) en Afrique centrale.
Attractivité, connectivité, autonomie énergétique, gestion des risques environnementaux, capacité à capter les investissements locaux et étrangers, et bien d’autres questions ont alimenté les échanges entre le panel et les participants.
Sur ses occupations depuis la création de KPIZ (il y a quatre mois), Yves MELINGUI a expliqué que l’action est structurée autour de 4 axes principaux. « Un premier axe interne qui est la mise en place de l’organisation. Cette nouvelle structure part de zéro. Le deuxième axe est celui de reprendre l’existant. Il faut savoir que nous ne partons pas d’une page blanche. Ce n’est pas un projet entièrement greenfield. La zone industrielle Kribi a déjà en son sein un certain nombre d’entreprises installées qui opèrent dans la logistique, dans les activités industrielles. Et donc, ce sont des clients, des activités que le port autonome de Kribi transfère à la KPIZ. Nous sommes en train de travailler sur ce transfert ».
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« Le troisième axe de nos interventions, c’est le lancement et l’exécution des études d’avant-projet détaillé et des études environnementales et sociales. Finaliser, à vrai dire, la maturation technique de ce projet qui aujourd’hui est au stade d’avant-projet sommaire d’APS. Et nous espérons pouvoir avoir les études finalisées d’ici la fin d’année et aller vers le quatrième axe de notre action, qui est celui de mobiliser les financements. Donc, financements à la fois publics, parce que l’État va apporter une contribution significative notamment à cette première phase de développement, mais également privée. Parce que la KPIZ et ses actionnaires vont lever un certain nombre de financements », a-t-il ajouté.
L’intérêt de la BAD
Créée grâce à une joint-venture entre Africa Global Logistics (AGL-filiale de MSC), Arise Integrated Industrial Platforms (ARISE IIP) et Belmont Investments, la Zone industrielle intégrée du Port de Kribi pourrait transformer la cité balnéaire en pôle économique et industriel régional.
Évalué à 795 millions d’euros (plus de 521 milliards FCFA), le projet sera réalisé en plusieurs phases. La première phase, estimée à 400 millions d’euros (262 milliards FCFA), sera financée par la Banque africaine de Développement (BAD), l’Union européenne via le programme Global Gateway, ainsi que l’International Finance Corporation.
Occasion pour Léandre BASSOLE, DG de la BAD en Afrique centrale, de souligner l’intérêt que porte cette institution panafricaine sur la zone industrielle intégrée du Port de Kribi. « Avec cette zone industrielle intégrée, le Cameroun s’est doté d’un outil de développement remarquable », a-t-il lancé.
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« Premièrement, il y a cette combinaison entre port en eau profonde et réserve foncière considérable. Aujourd’hui, deux facteurs de performance et d’attractivité permettent d’évaluer des zones économiques à l’échelle mondiale. L’un c’est la distance par rapport à un terminal de transport, donc là, en l’occurrence, un port en eau profonde. Généralement, on parle d’une distance en moyenne de 20 kilomètres. Au niveau de Kribi, la zone est directement adjacente à ce port en eau profonde. C’est un atout considérable d’avoir cette intégration », a salué le DG de la BAD.
Le deuxième élément, a-t-il ajouté, c’est la taille de la zone industrielle, qui, pour lui, est un facteur de succès. « On parle, là encore en moyenne, de 500 hectares aujourd’hui, si vous voulez avoir à l’international une zone performante et compétitive. Avec la KPIZ, on parle de 4 000 hectares qui, par ailleurs, sont même peut-être extensibles, parce que le domaine portuaire, de façon générale, est de 15 000 hectares, et c’est l’un des domaines les plus étendus au monde », a conclu Léandre BASSOLE.
Pour la Banque africaine de Développement, ce sont, d’un point de vue infrastructurel, la combinaison de deux facteurs essentiels qu’elle arrive à intégrer, au bénéfice des chargeurs et des opérateurs économiques.
Grâce à cette zone industrielle, le camerounais bénéficie de transit time, de temps de transport, significativement plus court que ce qu’il pouvait avoir auparavant. Ça permettrait de réaliser des gains considérables pour les navires venant de Chine, d’Europe et du Moyen-Orient, notamment.
Une Zone industrielle sans dessertes ?
La question de la connectivité du Port de Kribi, mais aussi et surtout de sa zone industrielle intégrée a été un point fort de cette conférence. Malgré l’important patrimoine foncier (plus de 4 000 ha extensibles), la zone industrielle intégrée du Port de Kribi, sans dessertes, ne serait-elle pas comme un soldat aux bras cassés ?
« Effectivement, la question de la connectivité est importante. Ces derniers jours, il y a eu une accélération au niveau de l’action des pouvoirs publics pour justement adresser avec une certaine acuité ces questions, d’un point de vue du développement du chemin de fer, avec le protocole d’entente qui vient d’être signé, d’un point de vue également des routes, avec la reconstruction à venir de l’axe Edéa-Kribi, mais surtout la construction de l’axe Ebolowa-Akom2-Kribi, qui est déterminant pour le côté intégrateur du port de Kribi au niveau de la sous-région », s’est projeté Yves Roger MELINGUI.
Des infrastructures réalisées dans le cadre de plusieurs projets financés par la Banque africaine de Développement. A l’instar du Projet d’Aménagement des Routes de désenclavement de la Zone industrielle et Portuaire de Kribi (PARZIK).
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Un projet qui a pour objectif de contribuer à l’amélioration du système de transport du Cameroun, à travers l’optimisation du fonctionnement du « Complexe industriel et portuaire de Kribi », et à la promotion de l’intégration régionale en Afrique Centrale.
Le programme comporte trois composantes. Une composante sur les travaux routiers, une composante portant sur les aménagements socio-économiques et appuis aux femmes et aux jeunes ; et une composante centrée sur la gestion du projet.
S’agissant par exemple de la première composante, elle porte sur les travaux de réhabilitation de la route Edéa-Kribi, y compris l’aménagement des aires de stationnement à la traversée de la Ferme Suisse et de Fifinda, une station de péage et une station de pesage à Fifinda.
L’autonomie énergétique
La problématique de l’approvisionnement en énergie a été au centre des échanges. Et à ce sujet, Patrice MELOM, PCA de KPIZ et DG du PAK, s’est voulu clair. « Cette année, au Port de Kribi, nous aurons 120 MW de disponibles, extensibles à 400 MW. Les installations sont là, il suffira, au besoin, de poser les transformateurs. Donc KPIZ n’aura pas de problèmes d’énergie. D’ailleurs, les partenaires privés considéraient ça comme un préalable. Ils n’auraient pas mis leur argent ».
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Sur l’eau, « dans quelques mois, nous aurons sur la place portuaire de Kribi 6 000 m3 d’eau par jour qui pourront alimenter la Zone industrielle. Je ne parle pas de la pose de la fibre optique. Bref, les fondements sont posés », a-t-il complété.
Concluant la conférence, Patrice MELOM a passé un message fort. « Les études n’ont pas été menées à la légère. Quand on parle de 10% de croissance, dans un pays comme le Cameroun en 15 ans, effectivement, c’est de l’accélération. Nous devons tout simplement nous assurer que la gouvernance et la mise en œuvre de tout ce qui a été conçu se font de manière opportune ».
« Je voudrais que les participants à cette conférence partent rassurés que non seulement le projet a été bien conçu (nous y avons mis beaucoup de temps). D’ailleurs, depuis que le DG de KPIZ est nommé, il s’attèle à finaliser les études APD. Nous voulons que ce soient des études parfaites, qui seront le fondement de tout ce que nous allons construire après ça ».
« KPIZ, à mon avis, sera un modèle dans ce pays. C’est quelque chose qui sera fait selon les standards les plus modernes qui existent. C’est un défi que nous nous donnons, et nous pensons en avoir les moyens », a-t-il conclu.



































