Parmi les réformes engagées dans le cadre de la mise en œuvre du programme de rénovation, de modernisation et de transformation du Port de Douala-Bonabéri, la réforme de l’activité du dragage n’est certainement pas la plus lucrative. Elle est cependant l’une des plus illustratives, notamment de la volonté du Cameroun de reprendre la main sur des pans mal exécutés, et surtout budgétivores.
Jadis opérée par la société française BOLUDA, le dragage du chenal au Port de Douala-Bonabéri a connu une quinzaine d’années de tourments. Au-delà des insatisfactions sur le travail effectué par l’ancien opérateur, le Port Autonome de Douala devait dépenser un peu plus de 10,4 milliards de FCFA par an pour l’entretien du chenal d’accès. En quinze années, l’autorité portuaire de Douala revendique le versement de plus de 156 milliards de FCFA à cette multinationale étrangère. « Une addition salée qui grevait sérieusement les comptes de l’entreprise », réagit le Port Autonome de Douala (PAD).
Pour réduire les coûts du dragage, mais aussi s’assurer d’une drague régulière du chenal, l’entreprise dirigée par Cyrus NGO’O décide, dès 2018, d’internaliser cette activité stratégique, en procédant à la création de la Régie Déléguée du Dragage (RDD).
Nationalisation
En 2021, dans un éditorial qu’il signait dans le magazine du Port Autonome de Douala, Cyrus NGO’O, Directeur Général, s’exprimait longuement sur le dragage, qu’il qualifiait de « tonneau des danaïdes », et justifiait les solutions prises.
Lire aussi : Cyrus NGO’O (DG PAD): Voici pourquoi nous avons décidé de nationaliser les activités au PAD
« …face à ce tonneau des danaïdes qu’était devenu le dragage, il était urgent d’arrêter les frais. L’internalisation s’imposait. Au-delà de la réduction drastique des coûts, c’est la souveraineté du Cameroun sur la principale voie d’accès d’entrée et de sortie des marchandises qui a été retrouvée. Car, le risque a souvent été très élevé de voir le chenal inaccessible du fait du chantage permanent d’arrêt des travaux, brandit tout le temps par les entreprises privées multinationales commises à cette activé régalienne. Au-delà, cette activité doit désormais être également productrice de richesse », écrivait-il.
« L’Autonomisation du Dragage, a été une étape de plus dans le processus de normalisation instruit par le gouvernement de la République, et la reprise en main, ferme, de certains pans d’activités de notre port. Elle survient après la création de la RTC qui a repris avec des résultats probants, l’exploitation du Terminal à Conteneurs. Les résultats sont là et parlent d’eux-mêmes ».
En effet, faisant suite à l’échec des négociations entre le PAD et BOLUDA France, adjudicataire provisoire de l’Appel International à Manifestation d’Intérêt du 14 septembre 2018 pour le remorquage, le Conseil d’Administration du PAD, réuni en sa 92ème session, le 22 décembre 2020 et en application de l’article 3 alinéas 1,2 et 3 du décret du 24 janvier 2019, portant réorganisation du Port Autonome de Douala, a créé la Régie Déléguée du Remorquage.
Dans ce même éditorial, Cyrus NGO’O expliquait les raisons qui avaient poussé le PAD a se séparer de son partenaire. « Le Port Autonome de Douala exigeait de BOLUDA France, entre autres : l’acquisition simultanée de deux remorqueurs neufs au nom du PAD, dans un délai maximum de trois mois après l’entrée en vigueur du contrat, et à mettre en service au plus tard, durant la 2ème année d’exploitation ; l’amélioration des installations de la concession (Bureaux, ateliers etc.); l’acquisition d’un remorqueur neuf, au nom du PAD et à mettre en service au plus tard durant la huitième année de la concession. L’adjudicataire provisoire a préféré jeter l’éponge. Le PAD a pris ses responsabilités ».
Equipements
Mais la Régie Déléguée de Dragage, filiale du PAD, entrait sur le chenal les mains presque vides. Les dragues disponibles sont presqu’inopérantes, d’autres, vieilles de plus d’un demi-siècle, sont des épaves. Garoua, a été acquis en 1964. Puis, sont venues la Kienke, la Youpwe, et la Chantal Biya, acquis en 1997 (voir tableau).
« L’urgence » tant annoncée par le DG entre alors en œuvre, avec une stratégie sur deux plans. Un plan de réhabilitation des équipements existants, et un plan d’acquisition d’une nouvelle flotte moderne. Les dragues Chantal Biya et Monts Mandara sont réhabilitées, la drague aspiratrice stationnaire Beaver 50 est acquise toute neuve, en plus du MV Vigilance. Au-delà de ces équipements, la RDD s’offre aussi une vedette hydrographique pour les levés bathymétriques.
A travers ces réformes, le Port Autonome de Douala et sa filiale dirigée par Samuel NGONDI EBOUA affirment leur détermination. Celle de « redonner au boulevard qu’empruntent les navires pour les quais, la profondeur sollicitée par les armateurs ».
Retombées économiques
L’amélioration de la navigabilité du chenal d’accès au port de Douala-Bonabéri n’est cependant pas le seul bénéfice que va tirer le PAD de cette opération. Grâce à la convention de partenariat signée en mai 2021 avec PUKALY INTERNATIONAL S.A., le PAD gagne aussi de l’argent dans la vente des sédiments issus du dragage.
Au total, sur les trente prochaines années, l’entreprise dirigée par Cyrus NGO’O va encaisser un peu plus de 34,749 milliards de FCFA. Dont environ 1,339 milliard de FCFA « représentant la redevance domaniale et 33,350 milliards de FCFA pour l’achat des sédiments bruts issus des fonds marins ».




































