Dans une analyse très intéressante Messieurs Amarou AW et Papa Cheikh DIACK respectivement Managing Partner et Director chez A&A Strategy passe en revue les politiques publiques de déploiement des véhicules électriques dans quelques pays africains avant d’en tirer des conclusions opérationnelles pour la Téranga.
Trois modèles se distinguent : l’approche coercitive éthiopienne, fondée sur l’interdiction des importations de véhicules thermiques, et les approches progressives du Rwanda et du Kenya, davantage centrées sur les incitations fiscales, l’investissement privé et la construction d’un écosystème.
En janvier 2024, l’Éthiopie a interdit l’importation de véhicules essence et diesel pour réduire sa dépendance aux carburants importés (5 à 7 Mds USD par an), dans un contexte de fortes tensions économiques et de facture pétrolière élevée.
L’Agence internationale de l’énergie confirme que cette mesure est toujours en vigueur en 2026.

Le résultat est spectaculaire : plus de 100 000 véhicules électriques circuleraient déjà dans le pays, mais avec de fortes limites opérationnelles, notamment un réseau de recharge encore très insuffisant et des difficultés d’entretien.
À l’inverse, le Kenya et le Rwanda misent sur une trajectoire graduelle : exonérations de TVA ou de droits d’importation, soutien aux motos électriques, bus électriques, batteries, infrastructures de recharge et implication du secteur privé.
Le rapport Africa E-Mobility 2025 relève notamment les incitations maintenues au Kenya et les exemptions accordées au Rwanda.
Trois leçons majeures pour le Sénégal
1. Éviter le choc réglementaire non préparé
L’interdiction peut accélérer l’adoption, mais elle crée aussi des tensions : hausse du prix des véhicules thermiques d’occasion, rareté des pièces, déficit de techniciens et pression sur les infrastructures.
2. Construire un écosystème avant de massifier
Le Sénégal gagnerait à commencer par les segments les plus adaptés : motos, tricycles, flottes professionnelles, transport public et livraison urbaine.
3. Associer l’État, le privé et les partenaires financiers
Le modèle le plus pertinent pour le Sénégal serait hybride : planification publique, incitations fiscales, commande publique, partenariats public-privé pour les bornes, formation technique et implantation progressive d’acteurs industriels.
L’Éthiopie prouve qu’une décision politique forte peut créer un basculement rapide.
Le Kenya et le Rwanda montrent qu’une adoption plus lente peut bâtir des fondations plus solides.
Pour le Sénégal, l’enjeu n’est donc pas de copier un modèle, mais de construire une trajectoire maîtrisée : progressive, inclusive, industrielle et durable.
Thierry TENE (Correspondance particulière), cabinet Afrique RSE






































