Yves Roger MELINGUI « Notre ambition est de faire en sorte que la ZIIPK contribue durablement à la transformation économique du pays ».

0
Yves Roger MELINGUI Directeur Général KPIZ

Nommé fin février 2026 à la tête de la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ), société à capital mixte chargée de construire et d’exploiter la zone industrielle intégrée du port de Kribi, Yves Roger MELINGUI s’est confié à BOUGNA. Énergie, attractivité, connectivité : le tout premier Directeur général de la KPIZ dresse le bilan de ses quatre premiers mois de mandat, entre ambitions et défis d’un projet appelé à transformer le paysage industriel camerounais.

Voici bientôt quatre mois que la société Kribi Port Industrial Zone (KPIZ) a été créée. Entre février et aujourd’hui, en quoi a consisté votre travail ?

Effectivement, la KPIZ a été créée il y a quelques mois seulement, mais l’activité a été particulièrement intense depuis son lancement. Notre action s’est articulée autour de quatre axes principaux. Le premier a consisté à mettre en place l’organisation de la société. Créer une structure de cette nature à partir de zéro représente un chantier important, qu’il s’agisse de la gouvernance, des procédures ou encore de la constitution des équipes.

Le deuxième axe concerne la reprise de l’existant. Contrairement à certaines idées reçues, nous ne partons pas d’une page blanche. La zone industrielle accueille déjà plusieurs entreprises opérant dans la logistique et dans différentes activités industrielles. Ces actifs, ces contrats et ces relations clients sont progressivement transférés du Port Autonome de Kribi (PAK) vers KPIZ, et nous travaillons activement à assurer cette transition dans les meilleures conditions.

Le troisième axe porte sur la finalisation des études structurantes du projet, notamment les études d’Avant-Projet Détaillé (APD) et les études environnementales et sociales. L’objectif est de finaliser la maturation technique du projet afin de préparer son déploiement opérationnel.

Lire aussi : Lancement, ce 26 février, de Kribi Port Industrial Zone (KPIZ), l’entreprise dédiée au développement de la zone industrielle intégrée

Enfin, le quatrième axe concerne la mobilisation des financements. Le développement de la zone reposera sur une combinaison de financements publics et privés, dans une logique de partenariat public-privé. L’État apportera une contribution importante, notamment pour les infrastructures structurantes, tandis que KPIZ et ses actionnaires mobiliseront des ressources complémentaires auprès d’investisseurs et d’institutions financières.

Parallèlement, nous poursuivons le renforcement progressif de nos équipes. Nous recrutons des talents camerounais, au pays comme à l’international, afin de constituer une équipe capable d’accompagner l’ambition de ce projet.

Ces dernières années, les infrastructures d’accueil des industries se multiplient au Cameroun. À Kribi, la Zone Industrielle Intégrée se positionne comme un accélérateur de croissance pour l’économie nationale et sous-régionale. Quels sont, selon vous, les principaux atouts de cette zone ?

Le premier atout est d’ordre infrastructurel. La ZIIPK bénéficie d’une combinaison particulièrement rare : un port en eau profonde de classe mondiale et plus de 4 000 hectares de réserves foncières directement adjacentes à ce port.

Cette combinaison est aujourd’hui reconnue comme l’un des principaux facteurs de succès des grandes plateformes industrialo-portuaires à travers le monde. Elle permet de réduire considérablement les coûts logistiques, d’améliorer la compétitivité des entreprises et de faciliter l’intégration dans les chaînes de valeur internationales.

Le deuxième atout réside dans notre modèle intégré de développement. Notre ambition est de proposer aux investisseurs un environnement véritablement « plug and play », dans lequel ils peuvent se concentrer sur leur activité industrielle sans avoir à développer eux-mêmes les infrastructures essentielles. Routes, réseaux, énergie, sécurité, maintenance ou encore services logistiques sont conçus comme un ensemble cohérent au service de la performance industrielle.

Lire aussi : Qui est Yves Roger MELINGUI, le tout premier Directeur Général de la société Kribi Port Industrial ZONE (KPIZ)

Enfin, le troisième atout est lié à la gouvernance même du projet. KPIZ repose sur un partenariat public-privé réunissant le Port Autonome de Kribi, AGL, Arise IIP et Belmont Investments. Cette structure combine la vision stratégique de l’État et l’efficacité opérationnelle du secteur privé, tout en offrant aux investisseurs un cadre de gestion moderne et orienté vers les résultats.

Des interrogations subsistent néanmoins sur la question de la connectivité. Que répondez-vous aux investisseurs qui s’interrogent sur la viabilité du projet ?

La question de la connectivité est effectivement centrale pour toute plateforme industrielle.

Le développement de la ZIIPK intervient dans une zone qui présente l’avantage d’offrir de vastes espaces disponibles pour l’aménagement, mais qui nécessite parallèlement d’importants investissements de connexion. Sur ce point, plusieurs avancées majeures sont en cours.

S’agissant du ferroviaire, le protocole d’entente récemment signé entre l’État du Cameroun, Africa Global Logistics (AGL) et CAMALCO constitue une étape importante vers la réalisation de la liaison ferroviaire Edéa-Kribi-Lolabé-Campo.

Lire aussi : CAMALCO et AGL se posent en locomotives dans le projet de construction de la ligne ferroviaire Édéa-Kribi–Lolabé–Campo

Sur le plan routier, les projets relatifs à l’axe Ebolowa-Akom II-Kribi ainsi qu’à la reconstruction de la route Edéa-Kribi contribueront significativement à améliorer l’accessibilité de la zone.

La Banque africaine de développement joue également un rôle majeur à travers le Programme d’Appui à la Réalisation de la Zone Industrielle de Kribi (PARZIK), qui finance plusieurs infrastructures structurantes destinées à renforcer l’intégration de la plateforme.

Au-delà de ces projets, il convient de rappeler que Kribi dispose déjà d’un avantage compétitif majeur grâce à son port en eau profonde, qui constitue aujourd’hui l’une des principales portes d’entrée maritimes de la sous-région.

Certains investisseurs évoquent également les questions énergétiques et foncières. Que leur répondez-vous ?

L’énergie constitue naturellement un facteur déterminant pour toute zone industrielle. Des solutions concrètes sont actuellement mises en œuvre afin de renforcer significativement l’alimentation électrique de la zone, notamment à travers le raccordement au réseau national par une nouvelle ligne haute tension. D’autres solutions complémentaires sont également étudiées afin de sécuriser durablement les besoins futurs des industriels.

Lire aussi : Coopération financière : Le plan de la BAD pour le développement du Port de Kribi

Concernant le foncier, nous développons un modèle intégré qui doit être apprécié dans sa globalité. Certes, ce modèle a un coût. Mais il permet aux investisseurs d’éviter de nombreuses dépenses souvent invisibles ou sous-estimées lorsqu’ils développent eux-mêmes leurs infrastructures. En réalité, les économies réalisées sur les coûts d’implantation, d’exploitation et de logistique compensent largement cet investissement initial. Notre objectif est de proposer un environnement industriel optimisé, compétitif et durable.

Le Président de la République a récemment salué la création de la Zone Industrielle Intégrée du Port de Kribi, en insistant notamment sur son potentiel en matière d’emplois et de développement des PME. Quelle a été votre réaction ?

Cette reconnaissance constitue naturellement un encouragement important. Au-delà des investissements industriels eux-mêmes, la ZIIPK doit permettre l’émergence d’un véritable tissu économique local. Les PME camerounaises auront l’opportunité de s’intégrer aux chaînes d’approvisionnement des grands groupes industriels qui s’implanteront dans la zone.

Lire aussi : Patrice MELOM (DG PAK): « Des incitations fiscalo-douanières sont prévues dans la zone industrielle intégrée »

L’autre enjeu majeur concerne l’emploi et le développement des compétences. Les industries que nous souhaitons attirer nécessitent des qualifications spécifiques. Il est donc essentiel d’anticiper dès aujourd’hui les besoins futurs en formation afin de préparer les jeunes Camerounais aux métiers industriels de demain.

C’est pourquoi nous accordons une importance particulière aux partenariats avec les établissements de formation, les universités et les entreprises. Notre ambition est simple : faire en sorte que les emplois créés par la ZIIPK bénéficient en priorité aux compétences camerounaises et contribuent durablement à la transformation économique du pays.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here