Longtemps évoqué, le projet de terminal à hydrocarbures de Kribi entre dans sa phase concrète après la validation de son financement par le chef de l’État du Cameroun. Dans cet entretien, Raphaël Abouem, représentant du groupement Negri/Parlym, détaille les ambitions d’une infrastructure appelée à renforcer la sécurité énergétique du pays et à repositionner le Cameroun comme futur hub pétrolier de l’Afrique centrale.
Aux côtés des dirigeants de la SCDP et du Port de Kribi, vous avez visité ce vendredi 5 juin, le site qui va accueillir le futur terminal à hydrocarbures de Kribi (THK). Concrètement, quel était l’objectif de cette descente sur le terrain et en quoi marque-t-elle le lancement opérationnel de ce grand projet ?
Cette visite s’inscrit en ligne droite dans la continuité du protocole d’accord (MOU) que nous avons signé le 18 décembre 2025, c’est-à-dire nous le groupement Negri/Parlym avec le Port Autonome de Kribi (PAK) et la SCDP. Comme vous le savez, l’entrée en vigueur de cet accord restait conditionnée par l’approbation du financement par le Chef de l’État. C’est désormais chose faite. Cet arbitrage présidentiel nous permet aujourd’hui de franchir un cap décisif et d’entrer de plain-pied dans la phase pratique et matérielle de la réalisation du projet de construction du terminal à hydrocarbures de Kribi.
Au-delà des caractéristiques techniques de ce futur terminal à hydrocarbures de Kribi, quels en sont les enjeux stratégiques et économiques, tant pour le Cameroun que pour la sous-région Afrique centrale ?
Des terminaux pétroliers comme le terminal à hydrocarbures de Kribi, le consortium Negri en construit un peu partout dans le monde ; nous venons d’ailleurs d’en livrer un similaire à Djibouti en collaboration avec notre partenaire Parlym. Ce qui fait la spécificité et la force de Kribi, c’est d’abord son emplacement hautement stratégique au cœur du Golfe de Guinée, en façade de l’Afrique centrale. À cela s’ajoute une profondeur d’eau exceptionnelle, un avantage naturel considérable qui lui permet d’accueillir des navires de très gros tonnage.
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Sur le plan économique, les retombées du futur terminal à hydrocarbures de Kribi sont doubles. Premièrement, le Cameroun va définitivement sécuriser ses propres réserves stratégiques de carburant. Deuxièmement, nous allons bouleverser la cartographie logistique régionale. Jusqu’à présent, Lomé, au Togo, s’imposait comme le passage obligé et le hub de redistribution des produits pétroliers consommés en Afrique centrale. Avec cette infrastructure, le Cameroun fait de Kribi le nouveau carrefour énergétique de la sous-région. Les pays voisins comme le Tchad et la Centrafrique n’auront plus besoin de se tourner vers le Togo.
Le financement de telles infrastructures est souvent un point de friction. Peut-on dire que la question est réglée ?
Aujourd’hui, la question du financement du terminal à hydrocarbures de Kribi est entièrement résolue. L’État a fourni toutes les garanties aux institutions bancaires pour débloquer les fonds nécessaires à la réalisation du terminal. Il faut être réaliste : les banques ne font pas de la philanthropie. Elles n’engagent des capitaux que sur des projets dont la viabilité technique est totale, la réalisation certaine, et le taux de rentabilité avéré. C’est cette solidité réglementaire et financière qui leur donne l’assurance de recouvrer leurs investissements.
C’est le groupement Negri/Parlym qui a été retenu pour mener à bien ce chantier. Au regard de leur feuille de route, peut-on affirmer que le Cameroun s’est entouré de la meilleure expertise disponible ?
La réponse est évidente lorsque l’on regarde les acteurs qui dominent le marché. À elles deux, les sociétés Negri et Parlym ont réalisé la quasi-totalité des infrastructures majeures de ce secteur dans la région. Et comme nous ne sommes pas des bricoleurs, nous ne pouvions pas prendre un contrat comme celui-là en sachant que derrière, nous allons essayer de trouver un sous-traitant qui va faire un travail approximatif.
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Du coup, on va avec le meilleur, et c’est exactement aussi ce que Parlym fait. Il sait qu’en matière de construction maritime, le meilleur c’est Negri, donc naturellement, il s’associe à Negri. Et Negri sait que le meilleur en matière de bras de chargement, de déchargement en pipeline, en matière d’ingénierie, c’est Parlym : on s’associe. Les meilleurs s’associent ensemble pour faire les meilleurs projets possibles.
Notre alliance a déjà fait ses preuves : le terminal pétrolier du port de Douala, que nous avons inauguré en 2021, fonctionne à merveille. Nous venons de faire de même à Djibouti et nous collaborons activement en Côte d’Ivoire. C’est un groupement soudé où les équipes se connaissent parfaitement.
Au-delà de l’aspect technique, vous insistez beaucoup sur la dimension souveraine de ce projet. Pourquoi le choix de nationaliser cette opération est-il si crucial pour le Cameroun ?
C’est un point fondamental qu’il faut absolument relayer. L’État du Cameroun a fait le choix courageux et stratégique de sanctuariser son indépendance énergétique. Au départ, d’autres options de financement portées par des capitaux exclusivement étrangers étaient sur la table. C’est d’ailleurs ce qui explique le temps de réflexion nécessaire à la maturation du dossier. Face aux offres reçues, les décideurs politiques ont souverainement choisi de s’appuyer sur des leviers locaux.
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Sous l’impulsion des directions générales de la SCDP (Société Camerounaise de Dépôts Pétroliers) et du Port Autonome de Kribi (PAK), l’opération a été nationalisée. C’est une immense victoire pour l’avenir du pays. Dans le contexte géopolitique mondial particulièrement instable que nous connaissons avec entre autres, les tensions permanentes sur les routes maritimes comme le détroit d’Ormuz, garantir sa propre sécurité énergétique est une question de souveraineté vitale. Les Camerounais doivent mesurer la portée de cette décision prise par le Chef de l’État : doter le pays et la sous-région d’outils logistiques majeurs indispensables à notre croissance et à notre résilience économique.






































