David Azra : Un an après la phase 2, le port confirme de Kribi son rôle de hub régional

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David AZRAF, nouveau DG KCT. Crédit: bougna.net

À l’occasion du premier anniversaire de la phase 2 de son exploitation, Kribi Conteneur Terminal (KCT) affiche un bilan très positif. Dans cet entretien, David Azra, Directeur général de KCT, revient sur les performances du terminal, les perspectives de croissance, la complémentarité avec le port de Douala et la vision stratégique de Kribi à l’horizon des prochaines années.

Monsieur le Directeur général, quel bilan tirez-vous de cette première année d’exploitation de la phase 2 ?

La phase 2 de KCT a clairement confirmé son succès. En un an, nous avons enregistré une progression de 82 % des volumes, ce qui est notable. Cela vient démontrer non seulement la pertinence des investissements réalisés, mais aussi la justesse de la vision portée depuis le lancement du port en eau profonde de Kribi.

Nous avons manipulé en un an près de 750 000 EVP, ce qui nous positionne parmi les Terminaux structurants de la façade Atlantique de l’Afrique, surtout lorsqu’on démarre une nouvelle infrastructure portuaire avec des capacités triplées.

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Ce positionnement est aussi conforté par la confiance que portent les armateurs dans le Port de Kribi et son terminal KCT, en faisant accoster, comme le fait MSC (1er armateur mondial) des navires « MEGAMAX », les plus grands au monde avec leur 400 m de long, ce à une fréquence de 2 à 3 escales par mois.

Quelle est aujourd’hui la part du transbordement dans l’activité du terminal ?

Le transbordement représente environ 70 % des volumes traités par KCT. Le reste correspond au trafic d’import-export directement lié à Kribi.

Sur ces 70 %, environ 30 % concernent des flux à destination ou en provenance de Douala. Si l’on considère les conteneurs à destination du Cameroun ou de l’hinterland, et qui touchent Kribi en première escale, Kribi représente près de 65 % de ces volumes. Kribi s’impose ainsi comme la principale porte d’entrée maritime du Cameroun pour les marchandises à destination du Cameroun et de la sous région.

L’état des infrastructures routières et l’absence de chemin de fer ne freinent-ils pas la croissance du terminal ?

Je dirais oui et non. Non, parce que malgré ces contraintes, nos volumes hors transbordement enregistrent des progressions à deux chiffres. Entre 2024 et 2025, les sorties de conteneurs à l’import par la route ont augmenté de 28 %.

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Cela prouve que l’activité continue de croître malgré des connectivités routières à développer et l’absence, pour l’instant, de chemin de fer. Avec ces connectivités cette croissance sera bien plus importante.

Cela dit, ces paramètres ont été intégrés dans nos projections et dans nos échanges avec les autorités. Aujourd’hui, je constate que les projets de connectivités avancent.

Quelle est votre analyse de la relation entre les ports de Kribi et de Douala ?

Kribi et Douala évoluent dans une complémentarité. Les deux ports ont des trafics différents, des rôles distincts et chacun a son avenir.

Comme cela pourrait s’entendre, Kribi n’est pas là pour remplacer Douala, ni l’inverse. Le marché fait la distinction, et cette complémentarité permet aux opérateurs et aux transporteurs de bénéficier des meilleurs services pour l’économie nationale et régionale.

Vous avez annoncé une extension du terminal. Pouvez-vous nous en dire plus sur le montage financier ?

A court terme KCT et le Port Autonome de Kribi allons augmenter les capacités du terminal en engageant des travaux d’extension du parc sur une surface de 8 hectares attenants au Terminal.

Cet investissement apportera un capacité supplémentaire  aux armateurs et opérateurs, et participera développement du port et tout particulièrement de la nouvelle zone industrielle de plus de 4 000 hectares, KPIZ .

Cette montée en puissance signifie-t-elle que KCT est désormais rentable ?

Nous sommes encore dans une phase d’investissement importants. La phase 2 doit être amortie et de nouveaux investissements sont déjà projetés, notamment pour l’augmentation des capacités. Toutefois, la situation se stabilise progressivement et les perspectives sont très solides.

Quelles sont les grandes perspectives stratégiques pour KCT dans les prochaines années ?

Nous sommes en discussions pour ce que nous pouvons dès à présent nommer « la phase 3 du terminal », phase 3 qui consistera en une extension du linéaire de quai, des super structures et du parc. Cette extension accompagnera le développement du port et de la zone industrielle et logistique de la KPIZ.

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Il y a également un fort potentiel avec les trafics en provenance du Tchad, de la Centrafrique et du nord du Congo, notamment pour le bois et, à terme, les produits (alimentaires, industriels, minerais…).

Notre objectif est de nous inscrire pleinement dans le Plan Cameroun 2035 et la SND 2030, en tant que maillon fort de la chaîne logistique régionale.

Où voyez-vous le port de Kribi dans dix ans ?

Je vois Kribi comme un pôle économique majeur de l’Afrique centrale, avec un rayonnement bien au-delà de la région, grâce à son rôle de hub de transbordement. Le port a vocation à connecter l’Afrique centrale au reste de l’Afrique et du monde.

Les classements internationaux évoquent parfois une baisse des performances en matière de rapidité. Que leur répondez-vous ?

Je ne maîtrise pas leur méthodologie de calcul. Ce que je peux dire, en revanche, c’est que pour les navires conteneurisés, le temps moyen d’attente en rade est inférieur à une journée, et parfois nul.

Il peut y avoir des pics, mais sur l’ensemble de l’année 2025, l’attente moyenne est restée très faible.

Au-delà des classements, ce qui compte, c’est la volonté permanente de s’améliorer, et c’est une dynamique que je ressens très fortement à Kribi.

La situation actuelle au Moyen-Orient a-t-elle affecté vos trafics ?

Non. Près de 80 % de nos flux proviennent d’Asie, principalement via Singapour, sans passage par le Moyen-Orient. Environ 15 à 20 % viennent d’Europe. L’impact est donc quasi nul pour Kribi.

L’objectif du million d’EVP par an est-il atteignable par KCT ?

La tendance est clairement positive. Nous avons traité 74 000 EVP en mars, un volume similaire en avril, et nous visons à terme 100 000 EVP par mois. Avec l’extension des capacités, le cap du million, voire 1,2 million d’EVP par an, est atteignable à moyen, voir court terme.

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En conclusion, un an après le lancement de la phase 2, Kribi Container Terminal confirme son positionnement stratégique, sa capacité d’attraction des plus grands armateurs mondiaux et son rôle structurant dans le développement économique du Cameroun et de la sous-région.

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