Gabriel MANIMBEN : « Nous ne doutons pas un seul instant de la réussite de RTC sur le Terminal à conteneurs du Port de Douala-Bonabéri »

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Gabriel Manimben. PDT du GPAC.

Depuis le début de « l’Affaire DIT » au Port autonome de Douala, c’est bien la première fois que Gabriel Manimben s’exprime dans la presse. Administrateur-Directeur général de l’Agence des Prestation maritimes (APM), et Président du Groupement professionnel des aconiers du Cameroun (GPAC), il semblait avoir réservé son temps à accompagner la Régie déléguée du Terminal à conteneurs (RTC) du Port de Douala-Bonabéri. Plus qu’à se lancer dans des sorties médiatiques pas tout à fait efficaces, au moment où le « bébé RTC » avait besoin de mains capables d’accompagner ses premiers pas. S’il décide aujourd’hui d’entrer dans le champ médiatique, c’est d’abord pour calmer la tempête au moment où la RTC est malmenée une vague de contestation. « En ce moment, le port de Kribi a un seul quai dédié au conteneur alors qu’à Douala nous avons 3 postes. La capacité d’accueil de Douala est 3 fois plus élevée qu’à Kribi. Même si la RTC est médiocre, le temps d’attente à Douala serait plus court qu’à Kribi et le temps c’est ce qui compte pour les armateurs. Si à cela, on tient compte du fait que 80% de l’économie est basée à Douala, de la flotte des camions disponibles au Cameroun et surtout l’état de la route Kribi-Douala, le calcul est vite fait », analyse-t-il. Dans cette interview, le vétéran de l’activité portuaire au Cameroun troque « presque » son gilet et ses bottes d’aconier pour porter la toge d’un avocat commis d’office. Normal. En matière de régie, il tient une expérience inédite. Le consortium camerounais KPMO dont il fait partie, gère avec brio la régie du Terminal polyvalent de Kribi depuis bientôt deux ans. De cette expérience, il tire un seul enseignement. Le PAD (et le Cameroun de manière générale) est en train d’écrire l’une des plus belles pages de son histoire.

 

Depuis le 1er janvier 2020, le Terminal à conteneurs du Port de Douala-Bonabéri est géré en régie par le PAD. Après le départ brutal (pour certains) de Douala International Terminal (DIT), filiale du groupe Bolloré. Comment avez-vous accueilli ce changement ?

Nous savions tous que le 31 décembre 2019, le Terminal à conteneur de Douala allait changer d’opérateur. Ceci, à la lumière du contrat lui-même et surtout suite à la publication des entreprises retenues pour la participation à l’Appel d’Offres restreint. Puis, peu après, par la publication de l’adjudicataire provisoire.

Suite à l’évolution du dossier notamment avec la suspension de la procédure d’Appel d’Offres, nous savions que la seule issue pour ne pas arrêter le service public au TAC était la régie. Je dis seule alternative possible compte tenu du temps qui restait.

Nous avons accueilli donc favorablement ce changement qui, pour nous, était un gros défi pour les Camerounais.

Pour avoir observé le DG du PAD depuis son arrivée au port de Douala, nous savions que bien que la tâche est ardue. Le challenge sera relevé et permettra aux Camerounais d’avoir un nouveau regard sur la capacité de leurs concitoyens à pouvoir gérer un certain nombre de secteurs jadis la chasse gardée des multinationales.

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Depuis le début de ce feuilleton, la justice s’est toujours prononcée en faveur du groupe Bolloré. D’abord par l’annulation de la procédure d’attribution de la concession comme vous venez de le relever. Puis par une décision récusant le statut de la RTC pour gérer ledit terminal. Ne pensez-vous pas que la justice puisse remettre la pendule à l’heure, en ramenant le groupe dans le jeu?

Nous ne sommes pas des devins pour nous prononcer sur l’issue de ce feuilleton judiciaire mais nous pensons qu’au-delà de la loi, il y a la vérité des faits. Et la vérité ici c’est que le contrat de concession arrivée à terme ne prévoyait pas la prorogation. Au contraire, il prévoyait des possibilités de reprise de l’activité par le concédant au terme du contrat par la réquisition des équipements et du personnel c’est ce qui a été fait.

Pour la deuxième décision elle est d’autant plus incompréhensible quand on sait que l’actionnaire unique du PAD c’est l’Etat et seul l’Etat pouvait récuser une résolution du Conseil d’administration. Mais comme je l’ai dit plus haut nous ne pouvons juger la justice.

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Ramener le groupe dans le jeu c’est une possibilité à ne pas écarter mais cela ne rendra aucun service au Cameroun. Au contraire, la crédibilité du pays prendrait un grand coup les investisseurs qui hésiteraient à venir. Il faut dire que l’Appel d’Offres du TAC de Douala a attiré la fine fleur des gestionnaires des terminaux dans le monde 6 membres du Top 10 s’y sont intéressés.

Si l’Appel d’Offres est repris je doute fort que ces membres reviendraient. Le résultat étant connu d’avance …

Il y a quelques jours, le groupe Bolloré a écrit à ses clients, leur demandant de contourner le Port de Douala pour accoster à Kribi, où il gère la concession du Terminal à conteneurs. Cette sortie peut-elle avoir un impact les activités du Port de Douala?

D’abord il faut dire que les 2 ports sont complémentaires Douala ne peut que se réjouir si Kribi grandit. Mais il faut noter que les décisions de destinations sont faites par les chargeurs et les armateurs en tenant compte du coût du fret et du Transit Time. En l’état actuel des choses, Douala reste la destination première des chargeurs d’autant plus que même les containers transbordés à Kribi sont finalement livrés à Douala à travers les Feeders.

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En ce moment le port de Kribi  a un seul quai dédié au conteneur alors qu’à Douala nous avons 3 postes. Donc la capacité d’accueil de Douala est 3 fois plus élevée qu’à Kribi. Même si la RTC est médiocre le temps d’attente à Douala serait plus court qu’à Kribi et le temps c’est ce qui compte pour les armateurs. Si à cela, on ajoute le fait que 80% de l’économie est basée à Douala et tenant compte de la flotte des camions disponibles au Cameroun et surtout l’état de la route Kribi-Douala, le calcul est vite fait. Ceux qui vont essayer vont revenir assez rapidement, à moins que RTC déçoive. Et au regard de l’évolution sur le terrain et la détermination des responsable de la régie c’est improbable.

L’actualité, ces derniers jours, tourne autour de la capacité ou non de la RTC à gérer le Terminal à conteneurs du Port de Douala-Bonabéri. Le PAD, dans un communiqué, se vante d’avoir fait mieux que DIT. Est-ce selon vous un une performance à saluer, ou un phénomène normal, compte tenu de ce certains armateurs qui accostent à Douala avaient déjà bloqué leurs calendriers depuis des mois?

Nous sommes au port de Douala et nous n’avons constaté aucun blocage il y a eu certes des imperfections au début, ce qui est tout à fait normal, pendant les transitions. Mais nous constatons une nette amélioration. Pas de navires en rade qui attendent, car le déchargement est fait dans les normes que peuvent offrir les portiques actuels. Les livraisons se font normalement et la facturation suit. Je ne voudrais pas entrer dans la polémique de qui fait mieux que qui mais pour nous, depuis vendredi dernier, tout est fluide à la satisfaction générale des usagers que nous sommes y compris celle des armateurs.

Vous avez l’expérience de la régie, à Kribi, où vous gérez le Terminal Polyvalent. Je Parle de KPMO, un groupement d’entreprises camerounaises dont vous faites partie. Quel bilan faites-vous de cette expérience. Peut-on, à travers elle, juger de la capacité de RTC à maintenir ou à relever le défi à Douala?

Ce que nous faisons à Kribi relève de l’extraordinaire. Prendre un terminal vierge sans aucune histoire, et l’aligner dans le concert des ports historiques est à féliciter. Nous avons un seul quai et un navire remplace un autre je ne vois pas qui aurait pu faire mieux au regard des handicaps de ce port (Equipement inadaptés ; absence des magasins de stockage ; voies de post acheminement inappropriés…

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Malgré cela, le PAK est en négociation avec un adjudicataire provisoire  qui a promis monts et merveilles comme l’avait fait celui du TAC de Kribi. On voit aujourd’hui qu’ils vendent l’illusion. Déclarer les pertes en dizaine de milliard dès la première année demandé à réfléchir surtout que les redevances promises ont été renégociées à la baisse. Malgré cela, le payement ne suit pas et est plutôt laborieux

Nous invitons les autorités de Kribi à s’inspirer des illusions du TAC pour décider du futur du Terminal polyvalent  Je termine en disant que nous ne doutons pas un seul instant de la réussite de RTC. Mamadou et Binéta sont devenus grands et même androïdes.

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