Alexandre MBIAM : Sur le dossier du chemin de fer Mbalam-Port de Kribi, nous avons, en quelques, mois battu un record en Zone CEMAC

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Alexandre MBIAM Bestway Finance Ltd

Pour sa première grande sortie médiatique au Cameroun, Alexandre MBIAM peut être personnellement satisfait. Le Chief Executive Officer de Bestway Finance Ltd, membre du consortium signataire du Mémorandum d’entente pour la construction d’une ligne de chemin de fer entre Mbalam et le Port de Kribi a séduit l’opinion. De par son engagement, sa capacité de persuasion, et sa connaissance du projet de développement qu’il porte pour le Cameroun et le Congo. « Le projet total a un coût complet de 9,3 milliards de dollars sur les sites miniers d’Avima, Badondo et Nabeba et l’ensemble des facilités de transformation et d’extraction au niveau de ces mines. Il couvre le chemin de fer de plus de 6 00 km et le Port minéralier d’une capacité de 100 millions de tonnes par an. Ces projets, une fois développés, génèrent directement des emplois à hauteur de 20 000. Au-delà de cela, ça permettra la naissance d’industries dans l’automobile, l’aviation, la marine marchande dans ces pays-là », promet-il. Mais le beau tableau dessiné par ce digne fils de la région du Sud-Cameroun ne suffit pas pour convaincre une partie de l’opinion. Alors que certains lui reprochent de manquer de faits d’armes, d’autres craignent que les « affaires » en justice sur certains sites miniers (au Cameroun et au Congo) ne fassent « dérailler » le projet. Mais, assure Alexandre MBIAM, le fer congolais et camerounais suivra le bon chemin, encouragé par « la volonté des présidents Paul Biya et Denis Sassou Nguésso de s’assurer que le projet bénéficie à leurs populations respectives ».

 

Vous venez d’apposer votre signature sur le Mémorandum d’entente pour la construction d’une ligne de chemin de fer entre Mbalam et le Port de Kribi. Ceci, en votre qualité de Chief Excecutive Officer de Bestway Finance Ltd. Pouvez-vous nous parler un peu de cette entreprise très peu connue des camerounais ? Qu’est-ce qui va changer et dans quel intervalle de temps ?

Le consortium est constitué de certains des plus grands groupes chinois dans les domaines de la construction de ports minéraliers, de chemin de fer, de mines, d’aciéries et de la commercialisation du fer.

Nous avons un chronogramme très serré. Le MOU que nous avons signé porte sur une période d’un an. Mais nous souhaitons passer aux accords contraignants, donc finaliser, passer à l’étape suivante du MOU sous sept mois. Ce que nous allons commencer par faire c’est de confirmer les études de faisabilité que nous avons effectuées avec les équipes gouvernementales. Equipes qui, je tiens à le dire, se sont montrées incroyablement présentes et ouvertes jusqu’à présent.

Nous allons donc confirmer ces études, puis, passer à la négociation des accords contraignants par rapport aux droits de passage. Les éléments clés de ces accords sont bien entendu la charge fiscale qui sera supportée par tonne traversant le pays, la durée de propriété pour le consortium des infrastructures bâties à 100% par celui-ci ; au bout de combien de temps ces infrastructures seront rétrocédées ; et bien entendu, les méthodes de comptage à la frontière pour s’assurer que le Cameroun bénéficie bien intégralement de tous les revenus fiscaux qui lui seront dus par rapport à ce passage.

Nous allons bien entendu aussi discuter (et j’en parlais tout à l’heure avec le Président du syndicat des transporteurs) des éléments relatifs à la répartition des emplois et de certains contrats corporatifs vis-à-vis des locaux.

Car c’est pour nous un point essentiel que de s’assurer qu’une part significative des contrats corporatifs soient confiés à des entreprises locales, en dehors bien entendu des 20 000 emplois directs et indirects générés par ce beau projet.

On comprend, à vous écouter, qu’il s’agit bien là d’un projet de type Partenariat Public-Privé (PPP-BOT).

C’est par définition un PPP-BOT. En ce sens que nous sommes le partenaire technique et financier. Avec cette particularité que d’ordinaire, pour la plupart des partenariats public-privé, il y a une demande de participation financière de l’Etat. Ce n’est pas notre cas. Le financement se fait à 100% par les partenaires commerciaux, par les membres du consortium. Les infrastructures seront utilisées au moins pendant la durée de la propriété. En tout cas au moins pendant la durée de l’exploitation des gisements Avima, Badondo, Nabeba, et peut-être d’autres gisements côté congolais et gabonais par la suite.

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Je tiens à souligner qu’à partir du moment où ces infrastructures seront bâties, au-delà de l’emploi généré, l’Etat bénéficie de retombées fiscales. Le consortium s’occupe des coûts de maintenance particulièrement élevés pour ce type d’édifice pour permettre leur bonne longévité. Une longévité qui est cruciale à nos yeux. Nous allons bâtir des infrastructures pour qu’elles demeurent pendant plus d’un siècle.

Vous ne faites pas dans le sacerdoce. Vous n’investissez pas 10 milliards pour faire plaisir au Cameroun et au Congo. Vous gagnerez également beaucoup dans cette concession. Quelles sont vos prévisions?

Le projet total a un coût complet de 9,3 milliards de dollars sur les trois sites miniers. Avima, Badondo et Nabeba et l’ensemble des facilités de transformation et d’extraction au niveau de ces mines. Le chemin de fer de plus de 6 00 km et le Port minéralier d’une capacité de 100 millions de tonnes par an. Ne sont pas encore inclus, mais ont en train d’être planifiés, les efforts de développement de l’aciérie locale. Puisque nous souhaitons faire une transformation locale d’une portion du fer produite. En termes de rendement, il est bien entendu fort dépendant du coût du fer.

Vous savez que le FE62% se trouve à plus de 200 dollars la tonne. La moyenne internationale pour autant ces 20 dernières années se situe autour des 70 dollars la tonne. Forcément, en étant conservateur, nous devons nous projeter avec ces valeurs-là. Elles sont d’ailleurs reflétées par la courbe du Chicago Mercantile Exchange qui a un prix spot qui est bien supérieur aux prix futurs.

De ce fait, nous anticipons une valeur en termes plus faible, de l’ordre de 80 dollars. Ce qui, à 100 millions de tonnes par an lorsque le rump up aura été pleinement effectué, nous donne quand même un bénéfice effectué de l’ordre de 80 milliards de dollars et permet le remboursement complet des frais relatifs au projet en prenant en compte la durée initiale de construction de quatre à cinq ans.

Le projet est construit sur des braises. Côté Congo, il y a le problème du retrait du Permis d’exploitation attribué à la firme AVIMA Iron Ore Ltd, Côté Cameroun, il y a le cas de Sundance Resources. Je note d’ailleurs qu’il y a d’autres camerounais qui s’étaient déjà constitués pour développer un projet similaire. Notamment le consortium camerounais KPMO. Avec les menaces que fait par exemple peser AVIM Iron Ore Ltd au Congo, n’avez-vous pas l’impression que la justice ne fasse bloc ?

C’est extrêmement simple. Nous avons eu l’honneur de nous voir attribuer le permis d’exploitation le 30 novembre 2020. Trois mois et demi après, quels que soient les discours que certaines des sociétés n’étant pas parvenues malheureusement à développer ces permis pour certaines depuis plusieurs décennies, au grand détriment des peuples congolais et camerounais, rappelons-le, car il s’agit-là des premiers perdants de ces retards dans le développement, malgré tout cela donc, nous avons pu signer les conventions minières d’exploitation pour 25 ans. Le gouvernement de la république du Congo a donc choisi de nous renouveler sa confiance quant à l’établissement de ce projet.

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Comme vous le voyez, nous sommes en juin. En moins de trois mois, le Cameroun vient de nous attribuer l’accord de principe par rapport au droit de passage. Il faut bien se demander de l’intérêt de qui est-ce qu’on parle ici. C’est l’intérêt des peuples congolais et camerounais. Ces projets, une fois développés, génèrent directement des emplois à hauteur de 20 000, des retombes fiscales, à hauteur de milliards de dollars en tout sur la durée du projet, mais aussi l’ouverture d’un corridor qui permettra le développement d’autres gisements miniers tout le long du territoire camerounais et congolais.

Au-delà de cela, ça permettra la naissance d’industries dans l’automobile, l’aviation, la marine marchande dans ces pays-là. Ce qui créera un boom de l’emploi et de l’économie. C’est pour cela que nous parlons d’un projet qui va permettre d’avancer dans la vision d’émergence du Chef de l’Etat, Son Excellence Paul BIYA C’est pour cela que vous voyez ces gouvernements progresser quel que soit ce qui peut être dit.

Je tiens cependant à ajouter que si vous consultez le code minier congolais, tel que publié en 2005, et confirmé par son décret d’application en 2007, et notamment les articles 62 et 91, vous verrez que le gouvernement congolais a agi de plein droit, de notre humble compréhension des choses.

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Et je vais vous dire. Bien qu’aucun code minier ne prévoit le dédommagement de société défaillantes, n’ayant pas tenu leurs engagements, n’étant parvenues à développer le projet tel que prévu, n’ayant pas posé la moindre pierre dans le cadre du développement infrastructurel tel que requis, bien qu’aucun des deux codes miniers ne prévoit de dédommagement pour ces sociétés-là, nous sommes tout à fait ouverts à ce qu’il y ait une compensation qui soit prévue pour ces sociétés ne serait-ce que pour préserver l’image à l’international du Cameroun et du Congo. Mais nous tenons à le redire que ces deux pays, selon notre compréhension, ont agi avec bravoure, dans le cadre de la légalité, pour le bien de leurs peuples respectifs, et pour l’ensemble de la zone CEMAC.

Vous vous félicitez de la célérité avec laquelle vous avez évolué dans votre projet. Mais pour nous, côté camerounais, qui sommes habitués des lenteurs dans la mise en œuvre des projets, nous sommes inquiets. Qu’est-ce qui vous donne autant de zèle ? Qu’est-ce qui vous fait croire que ce n’est pas un autre éléphant blanc que vous apportez ?

J’aime à dire que ce n’est pas nous. Ce n’est pas le consortium. C’est la volonté des deux gouvernements de s’assurer que le projet bénéficie à leurs populations respectives. Nous avons présenté notre plan, nous avons convaincu. Les deux administrations n’ont qu’une chose à cœur, tel que le veulent les deux présidents de la République, Son Excellence Paul Biya, et Son Excellence Denis Sassou Nguésso, c’est permettre l’avancée dans la marche du développement de leurs populations.

Ils ont vu les retombées fiscales, ils ont vu les créations d’emplois, ils ont surtout vu ce que ces projets ouvrent en matière de potentiel minier et de potentiel de transformation industrielle. Ils ont fait le choix courageux de permettre le développement rapide. C’est pour cela que vous voyez qu’effectivement, nous avons fait trois mois pour obtenir le permis d’exploitation, trois mois et demi après nous avons trois conventions minières d’exploitation. Et aujourd’hui, nous obtenons le droit de passage en termes d’accord de principe. C’est vrai que c’est un record en zone CEMAC.

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Nous en sommes honorés. Nous avons conscience des responsabilités qui nous sont confiées. Et nous sommes pleins de respect pour la détermination de ces deux administrations à faire bénéficier à leurs deux populations le plus vite, des fruits que vont apporter ces différents projets.

Aussi vite, ça veut dire…

Horizon fin 2021, avec le soutien administratif dont nous bénéficions à l’heure actuelle. Tout ce que nous attendons c’est la confirmation des études de faisabilité auprès des équipes gouvernementales pour s’assurer que nos plans correspondent aux programmes de développement national ferroviaire et portuaire. Sachant que du côté du Congo, tous les accords ont déjà été signés.

D’ici à fin 2021 donc, nous souhaitons avoir fini de signer la convention relative au passage par le Cameroun, et là nous commencerons la construction des infrastructures, avec le début de l’exploitation dès 2024.

Sur le tracé lui-même, la question des indemnisations reste complexe. A Kribi, où vous souhaitez passer, il y a un lourd passif de dédommagements qui a emporté dans les prisons plusieurs haut-cadres de l’administration publique. Comment comptez-vous gérer cela ?

Nous sommes au service du peuple camerounais et du peuple congolais. Je suis moi-même originaire du Sud d’ailleurs. Je tiens à vous dire que nous allons nous assurer que les indemnisations (à hauteur raisonnable) soient effectuées de manière à ce que le calme règne. Et que ce projet ne soit générateur que de richesse, d’emploi, et de fierté.

Interview réalisée par Frégist Bertrand TCHOUTA

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