Congo-Brazzaville : Comment un conflit entre AVIMA Iron Ore Ltd et l’Etat ferait perdre un juteux investissement au Port de Kribi

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Exploitation minière AVIMA Iron Ore Ltd 2

C’est une affaire congolaise qui pourrait avoir des graves répercussions sur le Cameroun. Novembre 2020. L’Etat du Congo-Brazzaville prend une décision portant suspension du permis d’exploitation de Avima, filiale locale du géant minier AVIMA Iron Ore Ltd.

Après la décision, l’entreprise entreprend des négociations avec l’Etat congolais pour aboutir à un rétablissement dudit permis d’exploitation. «Depuis que nous avons appris l’expropriation du permis Avima en novembre 2020, nous avions fait tout notre possible pour que le gouvernement congolais revienne sur cette action mal conçue », explique Socrates Vasiliades, un représentant d’Avima. Mais cette démarche restera vaine.

09 mars 2021. Le géant minier et ses filiales locales servent une mise en demeure à la République du Congo-Brazzaville. Selon AVIMA Iron Ore Ltd, cette suspension du permis « pour des motifs fallacieux (…) constitue une expropriation violant à la fois les engagements contractuels du Congo, la Constitution congolaise et le droit international, avec un préjudice financier considérable ».

Dans un document que nous avons pu consulter, le géant exige un rétablissement du permis d’exploitation dans un délai de 30 jours, (soit au plus tard le 08 avril 2021 prochain). Ou, à défaut, d’indemniser la perte de 27 milliards USD (plus de 14 812 milliards de FCFA). Ceci, en plus « des sommes dues par le Congo au titre d’un accord d’investissement lié ».

Port de Kribi

Si la compagnie s’indigne autant de la décision prise par l’Etat congolais, ce n’est pas uniquement pour des raisons financières. Dans son programme, AVIMA Iron Ore Ltd prévoyait le démarrage de sa production et expédier son minerai de fer à haute teneur aux clients au premier trimestre 2021.

« Nous avons démarré le projet Avima il y a 13 ans et l’avons développé à partir d’une zone de base obscure en un gisement de minerai de fer de classe mondiale. Nous avions prévu de miner et de transporter 5 mtpa jusqu’à ce que le nouveau chemin de fer et l’extension du port de Kribi soient terminés, ce qui augmenterait la production à plus de 50 mtpa », ajoute la compagnie minière.

Pour comprendre le lien avec le Port de Kribi, il faut remonter au mois de juin 2020. A Kribi, Patrice MELOM, Directeur Général du PAK et des responsables du géant minier signent un protocole d’accord pour la réception, le stockage et le chargement du minerai de fer (DSO-Minerai d’exploitation directe à forte teneur de fer).

Il s’agit du minerai issu des sites miniers d’AVIMA au Nord-Ouest de la République du Congo (Brazzaville) qui pourrait être exporté via le Port de Kribi. Concrètement, le MOU prévoit notamment la réalisation « des études de faisabilité économique, commerciales, techniques, financières et juridiques afin d’atteindre un mouvement rapide et fluide du minerai de fer ».

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Pour faire plus simple, le protocole, s’il est finalisé, permettrait au Port Autonome de Kribi d’accélérer son projet de construction d’un terminal minéralier. La place portuaire dirigée par Patrice MELOM s’en réjouira d’ailleurs en rajoutant que « Le projet Avima Iron Ore est l’un des principaux projets de classe mondiale qui devrait jouer un rôle majeur dans le développement de ce qui est populairement connu sous le nom de « Triangle du minerai de fer » de l’Afrique de l’Ouest ».

 

L’argent…

Mais il ne s’agit là que du trafic entre un site minier et la plateforme portuaire. Un troisième opérateur pourrait lui aussi perdre gros dans cette suspension du permis d’exploitation. C’est le consortium camerounais KPMO.

Un mois après la signature du MOU entre AVIMA et le PAK, l’entreprise minière et KPMO présentent leur plan d’investissement. Le document classé confidentiel parcouru par bougna.net, parle d’un projet d’environ 1 568 milliards de FCFA. « environ 2 807 millions de dollars pour la construction d’un terminal minéralier avec 2 postes à quai de 350 m chacun pouvant évacuer jusqu’à 100 millions de tonnes de marchandise par an » a-t-on pu lire dans un document classé confidentiel.

Le 26 août 2020, Gabriel Manimben, Président de KPMO, et Alain Claude Atangana, DG, sont reçus en audience par Jean Ernest Masséna Ngalle BIBEHE, le Ministre des Transports. Au cours de cette rencontre, les investisseurs présentent le projet au membre du gouvernement.

Ils lui parlent des autres investissements prévus. Environ 15 milliards de FCFA pour l’acquisition de 150 camions spéciaux pour le transport du minerai de fer du Cameroun et du Congo au port de Kribi. Et des autres composantes, comme la construction d’une ligne de chemin de fer depuis AVIMA avec embranchement à Nabeba et Mbalam, pour rendre plus attractif le port de Kribi et permettre l’évacuation de nos gisements (lire le tableau ci-contre).

Le terminal…

La stratégie de KPMO et AVIMA est claire. Obtenir la concession du terminal minéralier sous la base d’un contrat en PPP/BOT. Ce qui permettrait de réaliser « ces investissements sans endettement de l’Etat ». « Ce que nous proposons, en tant qu’opérateur neutre, c’est de venir développer ce terminal minéralier avec des partenaires. Et même le chemin de fer. C’est très important. Une fois que les deux sont lancés, tout le monde gagne. Même le gouvernement, en négociant avec les compagnies minières sera dans une position de force. Et le Cameroun aura beaucoup de subsides », expliquera Gabriel Manimben dans une interview accordée début février 2021 à bougna.net.

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Joint ce dimanche, 14 mars 2021, le Président de KPMO précise que la non-levée de la suspension du permis d’exploitation n’aurait aucun impact sur le plaidoyer lancé depuis bientôt un an pour l’acquisition de la concession du terminal minéralier du Port de Kribi. « La mise à l’écart d’Avima ne remet pas en cause le projet de terminal minéralier et le chemin de fer. Car malgré sa mise à l’écart, Avima va nous accompagner dans ce projet indépendant de l’exploitation de la mine », affirme-t-il.

Le Congo va-t-il maintenir la suspension du permis d’exploitation de AVIMA Iron Ore Ltd, au risque de perdre de gros investissements et d’en faire autant à son voisin le Cameroun ? L’Etat du Cameroun va-t-il laisser perdre un projet aussi important pour son pays ? Oui, croit une source généralement bien informée, qui explique que « ce sont les tergiversations des gouvernements Camerounais et Congolais qui en sont la cause. Car il fallait dans un premier autoriser la firme Avima à utiliser les camions avec Un PTAC de 60 tonnes pour rentabiliser le transport et le projet. Il faut également déplorer les lenteurs administratives qui font perdre des projets rentables au pays ».

En tout cas, précise le géant minier, la mise en demeure a été envoyée aux plus hautes autorités du pays. Dont « Monsieur Denis Sassou N’Guesso, Président de la République du Congo ; Monsieur Clément Mouamba, Premier Ministre de la République du Congo ; et Monsieur Pierre Oba, Ministre des Mines et de la Géologie de la République du Congo ».

« S’il (l’Etat) ne fait pas droit aux demandes d’Avima, le Congo risque non seulement l’introduction de procédures d’arbitrage international à son encontre mais aussi des actions en justice à l’encontre des membres de son gouvernement et/ou des tiers impliqués dans le retrait illégal du permis, ainsi que l’arrêt du projet Avima et le blocage de toute opération minière dans la région », avertit le groupe minier.

Frégist Bertrand TCHOUTA

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