Patrice Melom (DG PAK) : « ICTSI nous a soumis une offre costaude, qui colle avec notre vision »

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Patrice Melom, DG du Port autonome de Kribi. Crédit Photo: bougna.net

Du haut du 4e étage de l’Immeuble de l’Emergence N°2 de Kribi, il est impossible, à l’œil nu, de voir le Port autonome (PAK). Mais dans cet espace qui lui sert de bureau, Patrice Melom, le Directeur général, n’aurait pas espéré meilleure position pour voir comment les vagues du développement se déversent progressivement dans les artères de la cité balnéaire. Il y a environ deux ans, seules deux banques étaient installées à Kribi. Aujourd’hui, six ou sept banques ont ouvert leurs guichets dans la ville. Il en est de même pour les compagnies d’assurances, les agro-industries, les géants de l’énergie etc. qui côtoient désormais les traditionnels hôtels, jadis grands acteurs de l’économie locale. « La présence d’une infrastructure comme celle-là doit se sentir. Depuis que le Port a été mis en exploitation en mars 2018, c’est au moins 1500 emplois directs qui ont été créés. Et autant d’emplois indirects. Le port crée la vie autour de lui. C’est aussi ça l’un des objectifs d’un port de troisième génération comme le nôtre. C’est l’intérêt que le gouvernement devrait retirer de l’investissement qu’il aura fait sur le port », réagit Patrice Melom. Mais parmi les vagues qui vont et viennent, il y a une, qui capte l’attention. C’est celle qui porte le bateau du consortium Philippin ICTSI. Le nouvel « adjudicataire provisoire » du Terminal Polyvalent, très peu connu des Camerounais, suscite des inquiétudes. Pas (Peut-être) parce qu’il vient mettre fin à la régie assurée par les camerounais de KPMO. Mais parce son choix s’est opéré dans un marché où des cinq groupes présélectionnés, seulement deux ont déposé leurs offres. Manque d’intérêt pour le marché, ou trop grande rigueur du PAK dans les critères de sélection ? Chacun y est allé de son interprétation. Mais Patrice Melom reste droit dans ses bottes, et demande aux camerounais de revenir sur terre. « ICTSI nous a soumis une offre technique costaude, ambitieuse, qui colle avec la vision que nous avons. C’est un candidat très ambitieux, qui nous a vraiment agréablement surpris », se défend-il. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est un capitaine de bateau plutôt serein et confiant qui prend les commandes de notre bougna. Dans cette interview, il met le cap vers les eaux profondes du Port autonome de Kribi.

 

Monsieur le Directeur général, l’actualité autour du Port de Kribi est cristallisée par la concession sur le Terminal Polyvalent. Notamment l’attribution du marché au consortium ICTSI. Beaucoup d’acteurs du secteur portuaire ne vendent pas chère cette nouvelle concession accordée à ce consortium Philippin. Pouvez-vous nous rappeler, monsieur le Directeur général, les critères qui ont conduit au choix de ICTSI ?

C’est le respect de la procédure que nous nous sommes imposée. A savoir une sélection rigoureuse basée d’abord sur les dossiers techniques. Le candidat ICTSI nous a soumis une offre technique costaude, ambitieuse, qui colle avec la vision que nous avons. Je rappelle quand même que c’est une concession sur 25 ans. Donc nous nous projetons Contrairement au candidat Marsa Maroc, qui a pris l’option de travailler sur des prévisions minimalistes. On peut penser qu’il n’a pas trop cru aux ambitions que nous nous fixons. Tout de suite, du point de vue technique, l’affaire a été tranchée.

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Si vous voulez que j’aille dans les détails, notre dossier prévoyait, qu’on n’ouvre les offres financières que des candidats qui ont traversé l’étape de l’offre technique. Au minimum 70 ou 80%, je n’ai plus les chiffres exacts. Marsa Maroc n’a pas atteint ces offres. Il ne nous restait donc que l’offre de ICTSI. Je précise qu’en termes d’offres financières, nous avions des exigences. Qu’est-ce que le candidat va nous offrir comme ticket d’entrée. Je donne n’importe quel chiffre, 10 millions. Qu’est-ce qu’il va nous donner comme redevance fixe. C’est-à-dire un peu le loyer annuel, et qu’est-ce qu’il va nous donner comme redevance variable ? Si le candidat n’atteint pas ces minimas-là, alors son offre n’est pas bonne. Il s’est passé que l’offre de ICTSI était bonne. Ça veut dire que les minimas qu’il nous a proposés étaient systématiquement au-dessus de ce que nous avions fixé. Ça veut dire que techniquement, il est bon, financièrement, il est bon, il n’y a pas de raison qu’on ne lui attribue pas la concession.

Vous avez clairement dit dans une sortie, que l’offre de ICTSI était deux fois supérieure à celle qu’a par exemple fait NECOTRANS en son temps ?

C’était une comparaison. Et c’est vrai. C’était juste pour illustrer, pour que les gens comprennent que c’est un candidat très ambitieux, qui nous a vraiment agréablement surpris. Maintenant, il est question, au cours des négociations que nous allons faire pour le contrat, qu’on consolide ces engagements-là.

Depuis l’attribution de la concession, on attend la signature du contrat, et l’attribution de la concession. A quand le début des activités de ICTSI sur le Terminal Polyvalent ?

Nul ne saura vous le dire en réalité. Parce que ça dépend justement de l’aboutissement de la procédure de négociation. L’étape de négociation du contrat qui n’est pas de tout repos. Il est question qu’on s’accorde dans les moindres détails. Comme on dit souvent, le diable se cache dans les détails. S’engager sur 25 ans, il faut prendre son temps. Là, je vous reçois avec un retard, parce que j’étais en train de préparer la première séance de négociation. Ça doit se préparer. Déjà en interne. Nous avons un projet de cahier de charges, un projet de convention que nous partageons avec l’adjudicataire provisoire. C’est comme ça que nous l’appelons maintenant, parce qu’il est toujours provisoire. Et puis, nous avons des échanges. Je suppose qu’eux aussi se réunissent à leur niveau. Pour examiner nos préoccupations. A un moment donné, on fait une sorte de retraite, pendant trois jours, où nous ne faisons que ça. Article par article, discussions du matin au soir.

Pour les cas antérieurs, ça a duré plusieurs mois. Ça a demandé plusieurs retraites, avant qu’on finisse par s’accorder. Quand on est d’accord, et qu’on signe le contrat, généralement, on prévoit encore un délai pour que l’adjudicataire s’installe. C’est à partir de ce moment-là que lui aussi commence à déménager ses équipements. Le délai dure généralement entre deux et trois mois. C’est comme ça qu’on peut prévoir le début du démarrage des activités.

On peut dire fin 2019 début 2020 ?

Ce serait une ambition. Mais il faut qu’on se donne les moyens de l’atteindre.

L’autre actualité aujourd’hui c’est le développement du PAK au Cameroun et dans la sous-région Afrique centrale. Vous développez beaucoup de stratégies au moins depuis le début de cette année 2019. Pour attirer les investisseurs, mais aussi les entreprises qui peuvent transiter par le Port de Mboro pour évacuer ou faire entrer leurs produits. Vous étiez au Gicam, il y a quelques mois. Vous avez fait des appels de balle aux pays de la Sous-région. Pour le cas du Gicam en particulier, peut-on déjà avoir les retours d’ascenseur de ce que vous avez fait envers ce patronat ?

Pour le cas du GICAM, Il faudrait qu’on évalue. Ce sont quand même des opérateurs qui commencent à fréquenter le port de Kribi, mais à titre individuel. Maintenant, est-ce qu’ils sont membres du GICAM ? Je pense bien. Puisque le GICAM regroupe une pléiade d’opérateurs et d’investisseurs. Vous avez évoqué les actions de promotion que nous faisons. Elles sont de plus en plus de proximité. Je dois dire qu’elles portent des fruits. Ceci est remarquable dans l’évolution du trafic. Nous sommes assez optimistes quand nous voyons comment le trafic évolue. Nous nous disons que si on maintient le cap, peut-être que nos performances vont également évoluer dans le même sens.

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Nous avons d’ailleurs d’autres projets dans le même sens. Dans les mois prochains, nous irons vers les représentations diplomatiques, à travers le ministère des Relations extérieures. Pour atteindre également cette cible-là. Que les ambassadeurs et autres soient nos relais dans leurs pays. Nous avons bon espoir que cette promotion-là va porter des fruits.

Le Cameroun semble avoir développé le Port de Kribi en mettant la charrue avant les bœufs. On a un port, mais pas de route. Au cours d’une audience accordée par le ministre des Travaux publics, des membres du groupe parlementaire du Sud ont fait savoir que vous avez voulu supporter les charges liées à l’entretien de la route Edéa-Kribi. D’autres projets routiers sont envisagés. Grand Zambi-Kribi, l’autoroute Kribi-Lolabé, la route Ebolowa-Akom 2-Kribi…Pensez-vous que ce désenclavement du PAK puisse être un blocage pour le développement de votre plateforme portuaire ?

Au sujet de l’audience au ministère des Travaux publics, il s’est agi d’une méprise. C’est vrai que le PAK est soucieux de voir que la desserte n’est pas optimale. Ce qui n’est que normal. Nous avions observé que le tronçon Edéa-Kribi se dégradait. L’initiative que nous avons prise c’était de demander au Délégué départemental de Kribi d’aller sur ce tronçon et de prospecter pour qu’il y ait une intervention minimale au niveau des nids de poule. Ce qui a été fait. Ce devis-là a été transmis au ministre des Travaux publics par son collaborateur. Il n’a jamais été question que le PAK se substitue au MINTP pour ces travaux. C’est pour cela que je dis que c’était une méprise.

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Je suis heureux de constater que ces travaux ont commencé. Même si on ne comprend pas pourquoi il y a eu une interruption que nous espérons passagère. Le tronçon qui a déjà été réparé nous satisfait. Nous espérons que très rapidement, ils vont se remobiliser pour terminer ce travail. Nous avons également demandé qu’un travail de cantonnage soit fait. Parce que la route est encombrée. Je ne doute pas que le gouvernement trouvera des solutions.

Pour revenir sur la desserte du port, un port, pour qu’il soit performant, a besoin d’une bonne connectivité. C’est effectivement l’un des points faibles du PAK actuellement. Mais je précise que ce n’est pas de la responsabilité du Port. Le port c’est un ouvrage construit par le gouvernement. De même, toutes les infrastructures connexes sont également réalisées par le gouvernement. Mais les nouvelles que nous avons ne sont pas mauvaises.

Vous avez parlé de la route Grand Zambi-Kribi, Ebolowa-Akom2-Kribi, il y a une entreprise qui a été sélectionnée au gré à gré, nous espérons que les travaux vont démarrer et qu’un minimum d’entretien va se faire pendant que les travaux se dérouleront. Le tronçon d’autoroute Kribi-Lolabé, qui était déjà presque à 90% a connu un arrêt. Là aussi, nous espérons que les travaux vont reprendre. Si tout cela est fait, ça va améliorer la desserte du Port, et certainement le trafic aussi.

Ça fait seulement un an que le Port est mis en service. Mais depuis cette mise en exploitation, on ne parle pas beaucoup de l’autre volet du Port. Où est passé le projet dit Industrialo-portuaire de Kribi ?

Vous me permettez là de rappeler qu’effectivement, en dehors du Port, nous travaillons à mettre en place des parcs industriels. C’est un travail de longue haleine qui demande beaucoup de moyens. Il est question d’aménager des espaces, de régler les problèmes d’assainissement. Généralement, les coûts sont énormes. Pour sa part, le Port de Kribi, avec les petits moyens dont il dispose actuellement, a commencé à aménager une petite partie d’espace. Nous sommes aujourd’hui autour de 50 ha aménagés. Où nous installons les premiers opérateurs qui sont sollicités. Je peux vous dire qu’en ce moment, nous avons une bonne dizaine, sinon un peu plus, d’investisseurs qui sont en train de construire sur le site du Port. Certains, des usines, d’autres des entrepôts. Je suis convaincu que d’ici la fin de l’année, ou début de l’année prochaine, il y aura des choses à voir.

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A côté de ça, nous travaillons avec le gouvernement et d’autres opérateurs sur le développement des zones industrielles plus importantes. En ce moment, nous avons, avec l’entreprise chinoise CHEC un projet d’aménagement d’une zone industrielle sur 500 ha. Les études de faisabilité sont faites. Le dossier est au niveau du MINEPAT pour le financement. Les choses évoluent assez bien.

Nous avons également un projet de développement d’un parc industriel de 200 ha. Cette fois-là, c’est avec des camerounais. Ils ont même déjà commencé à travailler sur la construction d’une usine de montage d’équipements électro-ménagers. C’est une usine qui appartiendra à ce parc-là. Donc ce sont des camerounais qui veulent développer ce parc. Il y a un certain nombre d’initiatives que nous encourageons, que nous encadrons. L’objectif c’est qu’à court terme, le développement de cette zone industriel soit effectif, avec tout ce que ça comporte comme création d’emplois. Parce que c’est aussi ça l’un des objectifs d’un port de troisième génération comme le nôtre. Il a l’ambition d’être très performant en termes d’équipement, de cadence, de mouvements, ainsi de suite. C’est un port qui doit jouer le rôle d’un moteur du développement de toute la région. La présence d’une infrastructure comme celle-là doit se sentir. Ce port doit permettre au gouvernement de régler, ne serait-ce qu’en partie, un certain nombre de problèmes. Comme le chômage. Vous pouvez bien remarquer que depuis que le Port a été mis en exploitation en mars 2018, en termes d’emplois directs, c’est au moins 1500. Et autant d’emplois indirects. Avant, il n’y avait qu’une seule banque ou deux. Aujourd’hui, il y en a six ou sept. La plateforme portuaire attire et développe l’économie. Les compagnies d’assurances, sans compter tout ce qui se développe comme activités informelles, allant jusqu’à la petite coiffeuse. Le port, une fois de plus, crée la vie autour de lui. C’est l’intérêt que le gouvernement devrait retirer de l’investissement qu’il aura fait sur le port.

Au sujet des camerounais de KPMO, vous avez parlé tout à l’heure de discussions avec le consortium philippin. Vous dites être très minutieux sur chacun des points du dossier. Quel avenir leur est réservé ?

Nous avons créé les conditions pour que les camerounais soient impliqués. Déjà, dans le capital de la société qui va exploiter le terminal. Nous avons, dans les DAO, inscrit, exigé que soit réservé 25% du capital aux camerounais. Donc ça peut être des privés, ça peut être KPMO en partie, mais ça doit être des capitaux camerounais. Nous sommes même allés au-delà. Nous avons donné une préférence au portuaire. L’adjudicataire doit savoir non seulement qu’il doit réserver 25% à des nationaux, mais qu’il y a une préférence pour des portuaire. Mais il faut que ceux-ci s’y intéressent, et remplissent des conditions.

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KPMO a également l’avantage d’être le sous-traitant que nous avons choisi sur le Terminal Polyvalent. Si l’adjudicataire estime qu’il a besoin de cette expertise-là, il doit pouvoir la vendre. Peut-être continuer à travailler dans une forme de sous-traitance ou d’autre chose. Mais c’est à eux d’aller cette fois-là vers l’adjudicataire. Ce n’est pas au gouvernement, ce n’est pas au Port d’imposer. Ce sont des discussions qui doivent probablement avoir entre eux. Mais nous, à notre niveau, nous avons essayé d’encadre les choses au maximum, et nous assurer que les camerounais y trouvent leur place. Nous sommes même allés plus loin, au niveau de la nationalisation des postes. Ce sont les conditions, les critères de différentiation des candidats. On leur demandait jusqu’aux CV des responsables. Et naturellement nous encourageons le candidat qui s’engage à recruter le maximum de ressources nationales pour les valoriser et faire le transfert de compétences, ainsi de suite. Ce sont des choses que nous mettons dans le contrat, parce que nous avons ces préoccupations-là. De nous assurer non seulement que les nationaux sont impliqués financièrement, mais aussi qu’ils participent à la gestion même du Terminal.

Mais il faut bien comprendre que ces gens-là s’engagent sur des performances. On ne peut pas non plus les mettre dans une camisole. En leur exigeant des performances. Si je prends le cas du personnel de KPMO, il y a des gens qui y travaillent, et qui se demandent ce qu’il va advenir. Nous ne pouvons pas imposer à l’adjudicataire comme ça se passe dans l’administration, de recruter tout le personnel de KPMO. Souvent, on le dit dans un décret, que tout le personnel sera reversé. Ça c’est l’administration. Mais dans le privé, ça ne peut pas se faire. Par contre, nous négocions avec le partenaire pour qu’il évalue ce personnel, et qu’il recrute en priorité ceux qui remplissent les conditions qu’il se fixe.

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Nous avons fait la même chose avec Lamnaco, l’opérateur pour le lamanage. Parce que and ils arrivent, dans le cadre du projet nous avons été obligés d’acquérir le remorqueur, et de recruter du personnel pour l’entretien de ces remorqueurs. Quand on a fait le contrat avec eux, ils ont évalué les personnels, et ils en ont retenu certains. On ne peut pas aller au-delà de ça. Et je pense c’est logique.

Entretien exclusif réalisé par Frégist Bertrand TCHOUTA

 

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